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mercredi 17 mars 2010, par
Curieux objets que nous croisons sur les rayonnages des librairies des CD nous proposent d’écouter des livres « lus ». Curieux objets en effet dont je ne m’expliquai pas l’existence, le bien fondé. Sans doute dans mon attitude puis-je déceler un peu de cet Ayatollah qui sommeille en moi.
(Avant de me prendre une fatwah dans la gueule, je voudrais servilement dire tout le bien que je pense de ces penseurs éclairés et méconnus qui prêchent l’abstinence, la sobriété et toutes ces sortes de choses qui vous offriront les clés du paradis d’Allah. Oh, je sais bien que je n’ai pas grand chose de Salman Rushdie au fond de moi, en tout cas rien qui, aujourd’hui, puisse me valoir une célébrité universelle et une vie de merde.)
Le livre audio... une vraie découverte donc...
Début d’un paragraphe au cours duquel je vais finir par comprendre que je n’ai pas un potentiel de découvreur, d’explorateur. Début de la découverte, l’un de mes aimables frères m’a proposé il y a quelques semaines un CD de livre audio à écouter... Comme c’est un de mes frères, il n’était pas question de lui dire ce que cette idée m’inspirait. A cet instant en effet, un livre audio n’était pour moi à tout prendre pas grand chose de plus que ce que peut être un tricycle à une bicyclette, une approche, un ersatz ou un succédané pour feignasse myope ou astigmate démunie de ses lunettes. Donc non, rien ne me prédisposait à devenir un explorateur de ce genre de chose.
Mon ignorance volontaire, mon obscurantisme m’apparaissent désormais dans leur colossale bêtise, ce qui ne surprendra personne car quand j’ai décidé d’être con, je ne fais pas semblant. Domaine ou je ne puis pas prétendre à l’exclusivité, bien évidemment. Muni de mon CD et après avoir gratifié mon aimable frère d’un merci assez tiède, je suis reparti ma galette à la main en me demandant ce que j’allais pouvoir en faire. Le fait est que j’avais déjà lu le livre que l’on me proposait d’écouter, je n’y voyais pas un intérêt majeur.
Ce soir là, j’avais de la route à faire. Je suis monté dans ma voiture avec mon CD et après m’être extirpé de la circulation parisienne, abordant les zones blanches de la Fm qui font l’essentiel des parcours autoroutiers français, j’ai fini par tenter l’expérience. Le CD glissé dans le lecteur, c’était parti. La voix lente, grave, de Christian Bobin s’est élevée. Une diction très posée, détachant chaque phrase l’une de l’autre, l’auteur de « La part manquante » donnait le titre de son livre. Au pas de la légion en marche, il poursuivait en annonçant son premier chapitre. Et ce rythme de sénateur permettait à chaque phrase, chaque mot, chaque idée d’éclater, de s’épanouir, de se prolonger comme un grand vin continue de nous dire ce qu’il a à nous dire, en bouche,après que nous l’ayons bu.
Le livre audio, dont je me flattais d’ignorer la possibilité, donne à l’écrit sa dimension, sa musique et lui permet de s’exprimer, de nous dire sa force, sa fragilité et sa poésie. Parce qu’il n’est pas possible de s’en détacher, notre regard qui eut glissé sur une page sans en entendre la mélodie, notre regard attiré par une formule en eut oublié le contexte, l’écrin qui la contenait.
L’oreille, elle, ne peut se payer ce luxe, elle est attentive car sinon, il ne peut y avoir de lecture, elle nous immerge dans le texte, tandis que le regard lui flotte. Après une heure de lecture, soit six chapitres, six histoires, j’éprouvais dans le silence revenu de ma voiture, dans le silence à peine perturbé par le vent coulant sur l’habitacle que le silence qui suit la lecture d’un grand livre est encore ce livre. Ainsi se confondaient le trajet et la poursuite d’un voyage intérieur, il y avait cette nuit propice au rêve et à la conduite, je filais bon train sur une autoroute quasi déserte, me remémorant la curieuse prononciation de l’auteur sur des mots comme feuille par exemple qui chante à mes oreilles et qui tombait de ses lèvres étouffé, pris dans son accent franc comtois, c’était un bête détail, il se mêlait à mille idées nées de cette écoute attentive.
Et si, comme vous l’aurez compris, je n’exclus plus d’acheter des livres audio, je ne me contenterai pas d’eux seuls, je leur adjoindrai aussi l’indispensable version papier, qui fait du livre cet objet qui est aussi un compagnon de voyage ou de vie.
Voir en ligne : littérature audio en ligne
Vos commentaires
C’est aussi une chose bien utile pour tous ceux, dont j’ai la chance de ne pas faire partie, qui ont perdu tout ou partie de leur acuité visuelle.
Je suis un peu surpris par tes doutes sur les vertus de la narration car nous aimions bien lire à voix haute les conneries que nous avions écrites pour y mettre notre ressenti personnel il y a quelques années, du moins en ce qui me concerne. Il s’agissait probablement de palier l’éventuel manque d’imagination du lecteur vulgus sans oublier que nous étions aussi bien fier de nous.
Mais revenons à l’audio
Evidement le talent du narrateur fait énormément et je doute que Nuit et Brouillard d’Alain Resnais, ai eu tout à fait le même retentissement s’il n’avait eu pour voix off Michel Bouquet dont l’excellence du ton contribue largement à donner à ce documentaire sa dimension.
Dans un autre registre, la version parlée du petit prince dite par Gérard Philippe et celle dite par Roger Hanin sont une illustration parfaite de l’importance de la voix. le contraste est d’ailleurs intéressant.