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jeudi 12 août 2010, par
Il est là, au bord du trottoir, comme face à un précipice abyssal. C’est un homme qui tombe. Il tombe, c’est presque tout ce que l’on en peut dire. Il est en transit, il lui faut traverser cette rue, ce passage piéton, cette vie. Rien ne va plus, hormis les apparences, vu de l’extérieur, la carcasse, l’enveloppe font encore illusion. Il faudrait pouvoir parler, trouver des mots pour sortir de cette spirale.
Alors, il entre dans un café, il y a invité cette femme qu’il vient de croiser. Il l’a reconnue, elle porte, elle aussi, le poids de sa vie, de ses épreuves. C’est une pauvre invitation, une rencontre sur le fil de leurs existences. Leurs amours sont finissantes, moribondes plus exactement. Comment est-ce arrivé, sans doute un de ces soubresauts de ce que l’on appelle la vie, le destin ou Smrt. Ce doit être du tchèque, c’est en tout cas la théorie de senor Galba, dresseur d’animaux cardiaque, que son caniche géant, rose, regarde avec une infinie tendresse tandis qu’il descend un à un les degrés de l’humanité.
Senor Galba est un utopiste, il cherche la saleté absolue, la comédie la moins finie possible pour imiter, singer, « animaliser » les petites danses imbéciles, les pavanes de ces animaux décevants que sont les hommes. La valse d’un caniche et d’un chimpanzé... Pour un début, enfin pour le début de la fin, ça n’est pas mal... Oh, avec son cœur malade, il ne sait combien de temps il lui reste mais rien n’empêche d’essayer de continuer.
Le spectacle continue, la maison ne ferme pas pendant les travaux, ouvert jusqu’à liquidation du stock par autorisation préfectorale, en quelque sorte. Autour de l’homme, cet ensemble, ces gens, famille ou belle-famille et seule, seule en lui, avec lui, cette femme. Pas celle de leur rencontre, non, sa moitié, ses trois-quarts, ces 100% de lui-même, celle qui lui demandait si elle était envahissante et à qui il répondait « Terriblement... Lorsque tu n’es pas là ».
Elle, cette passante, porte le poids de sa vie, de son enfant morte, de son mari aphasique, de cette belle-famille formidable, étouffante de compassion. Il ne faut pas compatir. Enfin, il ne faudrait pas compatir, pas souffrir avec. C’est ce qu’il lui dit, on ne peut se compromettre avec le malheur, après ce con-là prend vite ses aises, il installe ses accessoires de deuil, ses harmonies funèbres, jusqu’à éteindre l’espérance.
Non, il reste des forces immenses dans le monde qui n’ont pas encore tout donné, ce qu’une force mécanique a accompli, une force mécanique encore supérieure... N’importe quoi, plutôt que le renoncement, plutôt que d’admettre la fatalité, le destin ou tout possibilité de victoire du malheur.
Pas de complaisance, surtout pas de complaisance. Un homme aime une femme qui disparaît, une femme s’en veut de détester l’homme qu’elle aimait. C’est ainsi, c’est foutu ? Connerie, non, rien n’est foutu, il reste dans le monde des forces immenses... Gloire à nos glorieux pionniers de l’avant-garde... Il reste...
Il reste un homme et une femme qui se croisent comme sur le quai d’une gare pour prendre un train pour une partance inconnue, peu importe, il y a Clair de femme. Clair de femme, dont le souvenir vient balayer le petit récit narcissique et onaniste de Beigbeder, cet amour qui dure trois ans... Il y a qu’il nous faut regarder ce qu’il y a de beau... S’agenouiller avant que de prier et, surtout, choisir de lire ou de ne pas lire.
Je ne veux rien de mal à Beigbeder. Il n’a pas besoin de moi pour penser le monde autour de son nombril, c’est juste un peu court comme centre de gravité. Et à la réflexion, 24 heures ont passé depuis que j’ai tourné la dernière page de ses gémissements, tout bien considéré... Il vaut mieux lire ou relire Gary ou Graham Greene...
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