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lundi 26 octobre 2009, par
C’est avec le soleil, à Djibouti, que se lèvent les fantômes. L’armée de l’Empire français évanoui sort du passé et envahit la ville avec ses uniformes d’autrefois et ses visages d’aujourd’hui."
Il y a des phrases comme celles-ci qui coulent de la plume de Romain Gary et qu’on lui envie, éperdument. Elles sont extraites d’une courte série de chroniques saisissantes dont il a porté le genre jusqu’à la perfection.
Elles vous passent des yeux dans l’âme, vous transportent au cœur d’un continent et d’un temps inconnus. C’était il y a quarante ou cinquante ans, sur la cote des Somalies, un vieux rêve finissant agitait encore quelques hommes perdus pour leur concitoyens mais qui avaient choisi une terre et d’autres hommes pour frères.
J’aime infiniment cette petite musique et ces aventures surhumaines qui ne sont que des petites histoires pour les grandes personnes. D’ailleurs est ce que ça existe seulement, les grandes personnes ?
Je ne vais pas vous infliger du Johnny Halliday... Sur le thème de ça ne change pas un homme ça vieillit... Si, bon tant pis. Remontant les traces des soldats de l’ex-empire, qui vont se perdre au bout du monde pour donner du sens à leur vie, à leurs combats perdus en Indochine, à leur victoire militaire et leur défaite politique en Algérie.
Alors ils sont là, parce qu’enfin on a besoin d’eux, ils offrent ce qu’ils ont à offrir, peu de choses en vérité, mais à des déshérités. Il y a ces médecins qui refusent de rentrer en métropole, ces fous qui se sont perdus et retrouvés au bout du monde, sur une terre de vents de sable, de pierre et de sel. Il y a les hommes qui vivent, soufrent, meurent et ceux qui essayent d’y faire quelque chose.
Il n’y a que des histoires d’hommes, singulières ou plurielles, il n’y a plus d’aventures, que l’essence de la vie et que cette question "et toi que fais tu ?". C’est un théâtre sans décor, avec la lumière écrasante du soleil qui pèse sur tous, écrase les silhouettes, brûle et transcende ceux qui résistent.
La vie n’est ni calme, ni simple, ni tranquille. Il y a des guerres absurdes, des peuples prêts à se tuer, et quelques gardiens d’un empire qui n’existe plus, d’un empire qui ne devait pas être et qui ne laisse sur le terrain que des serviteurs, car les marchands s’en sont allés depuis longtemps.
Il y a, au bout de la route , au fond d’un désert cette petite fille qui porte tous les mondes dans ses yeux infiniment profonds et sombres. Il reste enfin des rêves que le soleil achèvera de consumer bientôt et un vieux saltimbanque avec des trésors de tendresse et d’humanité pour nous raconter ces derniers moments.
120 pages à peine pour un prix évidemment dérisoire, 2 euros. Ca ne fait pas très sérieux et c’est pourtant ce que j’ai lu de plus beau depuis longtemps. J’aime l’idée de ce prix dérisoire, de l’essentiel à portée de la main. Il ne s’agit pas de croire que c’est une affaire, il s’agit de le voir et dans le rythme et l’agitation dans lesquels nous vivons, c’est peut être un coup de bol, tout bêtement, que de l’avoir trouvé.
Vos commentaires
Bravo le chroniqueur, cela donne très envie de le lire ! Et de ta plume, un livre bientôt ???
Une quête de notre identité immatérielle :’"cette mine de richesse et de pauvreté inépuisable que l’on appelait jadis l’âme humaine - je dis "jadis", car le mot est passé de mode avec son écho d’au-delà" (R. Gary).
Comment dire, n’est-ce pas, l’indicible aussi puissamment qu’avec ces mots qui, organisés pour faire éclater leurs sens, brillent pour l’éternité de leurs feux de transcendance !
Nous vivons tragiquement notre humanité avec des personnages qui dévoilent l’absurdité de la condition d’homme dans notre monde déchanté, qui luttent comme Sisyphe.
Quel livre, nous découvrons et pas un mot de trop.
Un grand merci pour votre découverte et l’expression de votre goût