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Une pièce montée…

« Partout l’appel, partout l’impatience de la gloire d’être aimé, reconnu, partout cette langueur de l’exil et cette faim d’une vraie demeure - les yeux d’un autre. Regarde-moi, regarde-moi ! » C. Bobin.

mercredi 25 août 2010, par Gayo

J’avais d’abord tellement aimé le titre pour son ambiguïté : pour sa référence au mariage traditionnel en évoquant cette monstruosité pâtissière et ce jeu de mots sur le théâtre… L’analogie me semblait tellement juste.

Et puis, et puis, j’ai aimé le personnage de Pauline, cette petite fille bombardée demoiselle d’honneur au mariage de la sœur de son père… Cette enfant, c’était tellement moi, avec son ressenti, ses souffrances, son regard sur l’absurde… J’ai été Pauline, une fois, un instant dans ma vie. Assez pour aimer le roman de Blandine Le Callet, assez pour en souligner l’originalité : celle qui permet à chaque chapitre d’exprimer la pensée d’un des protagonistes de cette pantomime qu’est le mariage.

Aussi n’ai-je pas voulu voir le film, craignant que cela se résume à une caricature grossière de ce que je voyais dans le roman. Lui ôtant son visage sacré. Une vision trop réductrice du couple et de sa manifestation ostentatoire qu’est le mariage…

J’avais raison dans le fond mais, mais, les choses n’étant pas toujours ce que l’on voudrait qu’elles soient, je me suis retrouvée au milieu d’une bande de jeunes, traduisez : « c’était-la-première-fois-que-je-me-suis-retrouvée-être-la-plus-âgée-de-l’assistance,-moi-qui-ai-toujours-été-la-plus-jeune-où-que-j’aille ». Et, en discutant avec les représentantes de mon sexe qui m’entouraient, j’ai eu, pour la première fois de ma vie, beaucoup de peine pour celui opposé. En effet, pour toutes ces jeunes femmes cosmopolites de moins de 30 ans, l’amour et le couple n’existent pas, et les hommes sont tout bonnement considérés comme des objets. Bon, j’ai bien conscience de ne pas être un exemple épanoui en matière de réussite de couple. Mais bon, en bonne romanesque que je suis, je crois en l’amour, en la diversité grecque de sa sémantique et surtout en l’Absolu vers lequel il nous conduit… Oui, je crois qu’une vie à deux, rythmée par l’amour, est possible.

J’en ai même tiré une théorie, qui vaut ce qu’elle vaut, mais qui a le mérite d’exister. Le couple ne tient que sur les fondement de 5 piliers : le dialogue, la tendresse, le cul, les projets communs et la confiance. Si l’un de ces 5 éléments manque à l’appel ou qu’il soit moins solide que les autres et votre édifice de vie a toutes les chances de s’effondrer…

Mais qu’importe ! Même si j’en suis un contre-exemple vivant, rien ne m’empêche de croire que cela est possible. Peut-être parce que je suis un contre-exemple, justement. Aussi ai-je pris mon courage à deux mains pour visionner le film susnommé tiré du livre qui m’avait tant touchée.

Comme je m’y attendais, on se retrouve dans le trait forcé et grotesque d’une adaptation résumée dans sa bande-annonce… A une exception près : le personnage d’Hélène, joué par Léa Drucker. Ce personnage qui n’a que peu de relief dans le livre se révèle d’une étonnante, criante et touchante vérité dans le film. Oublié dans la bande-annonce, comme l’a été celui de Julie Depardieu qui fait son coming-out, le rôle de la femme mariée, la belle–sœur en l’occurrence, qui souffre de voir son couple s’effacer, s’étoffe d’une maturité nouvelle. Elle n’est pas mariée à un mauvais bougre. Non. Simplement un homme qui a oublié quelles étaient ses priorités, qui s’est oublié, lui ; qui l’a oubliée, elle ; qui les a oubliés eux, en somme. Un homme fatigué : « A quoi reconnaît-on les gens fatigués ? A ce qu’ils font des choses sans arrêt. A ce qu’ils rendent impossible l’entrée en eux d’un repos, d’un silence, d’un amour. Les gens fatigués font des affaires, bâtissent des maisons, suivent une carrière. C’est pour fuir la fatigue qu’ils font toutes ces choses, et c’est en la fuyant qu’ils s’y soumettent ». Et, c’est ce que n’a pas voulu Hélène : se soumettre à « ce qu’ils étaient en train de devenir ». Une image qui ne lui correspondait pas et les rendait malheureux malgré eux.

Si vous étiez mon ami et que je doive vous conseiller, je vous dirais sans hésitation d’opter pour le livre. Si vous étiez mon ami et que vous étiez marié, je vous dirais que le mariage est le domaine privilégié des derniers aventuriers de notre millénaire ; et que tout mariage auquel vous assistez est le renouvellement des serments auxquels vous vous étiez un jour promis de vous soumettre. Et, qu’il est important d’être attentif aux petites phrases de rien que votre femme vous lance, comme ça, au détour de votre chemin de vie, de votre carrière, tout simplement pour ne pas vous perdre, tout simplement pour ne pas la perdre …

P.-S.

Une Pièce montée, Blandine Le Callet, 2006

Pièce Montée de Denys Granier-Deferre d’après le roman de Blandine Le Callet, sortie cinéma 10 mars 2010, sortie vidéo 21 juillet 2010


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