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Philip Kerr, "Trilogie berlinoise"

mardi 17 août 2010, par GB

Les éditions du Livre de Poche distribuent, vendent, proposent trois romans de Philip Kerr qui, comme le titre de cet article le laisse entendre, se déroulent en Allemagne. Cette Allemagne pas si lointaine, des années Trente et de l’immédiat après-guerre. Et laissez-moi vous écrire que c’est du lourd, du sérieux, du très, très bon polar.

La première analogie (non ce n’est pas un gros mot) qui me passe par la tête, Fatherland de Richard Harris, qui était déjà dans mon top 10 des polars et qui se raccroche un peu au sujet et au contexte des bouquins de Kerr. Ce qui ne parlera pas forcément à ceux qui n’ont pas l’heur de connaître ce bouquin de Harris, je n’en disconviens pas mais qui, comparaison n’est pas raison et gné gné gné, ne veut pas tout à fait rien dire. Fatherland c’est du lourd, c’est prenant, pesant, étouffant. Le tout se déroule dans une ambiance bien totalitaire, avec tout ce que ce mot a d’éloigné de celui d’insouciance.

Fatherland, c’est donc du lourd. La Trilogie Berlinoise de Kerr, elle, est énorme. Il n’y a pas de surenchère, l’univers totalitaire y est, avec sans doute plus de nuances, plus de finesse, de justesse de sentiments. La montée en puissance du régime nazi, sa préparation à la guerre forment une vraie toile de fond, les individus sont assez peu dissociables de l’époque qui est décrite. Une bonne vision anachronique du sujet nous collerait de la morale du 21ème siècle dans le regard des personnages, ça pourrait vite tourner au cours de philo-psycho de base, sur le monde des méchants vus par Candy et ses amis. Dieu merci, il n’en est rien.

De quoi s’agit-il ? Allez, vite fait, trois polars mettant en scène Bernhard Gunther, ex-flic de la Kripo, devenu détective privé et qui essaie de faire son métier en dépit de l’époque, de la Gestapo, de la SS puis des forces alliées et soviétiques après la guerre. C’est donc très bien écrit, très renseigné, très scrupuleux (pour autant que j’en puisse juger). Le premier épisode se situe au moment des Jeux olympiques de Berlin, le second en 1938, plus ou moins au moment de la nuit de Cristal et le dernier opus de cette trilogie en 1948, au moment du blocus de la ville par les Soviétiques.

Et, si le personnage de Gunther est celui d’un privé classique, qui aime picoler et les jolies femmes, Kerr nous livre plus qu’une vision stéréotypée de roman noir se déroulant sous un régime totalitaire. Les prémisses de l’horreur, les persécutions, la brutalité policière, l’emprise du parti se mettent peu à peu en place, servant un récit sans concessions, mais qui échappe aux tentations manichéennes.

Ca faisait un gentil moment que je cherchais des polars de la trempe des Ludlum, Connelly et autres maîtres du genre dont on ne parvient à lâcher les livres qu’après en avoir tourné la dernière page. Philip Kerr, c’est ça, c’est une sorte d’infection, une fois attrapé on a le plus grand mal à s’en défaire. Il mériterait d’être adapté au cinéma. Ca nous changerait des aventures de Jason Bourne et nous offrirait une belle fresque à épisodes car, il est à peu près impossible de distinguer les épisodes les uns des autres, tous partageant les mêmes qualités.

La fin de l’été approche, j’en ai bien conscience, vous devez avoir des tonnes de lecture en retard, j’en ai, mais ne passez pas à coté de Philip Kerr, ce n’est pas loin d’être ce qui se fait de mieux et ça vous épargnera les aventures déprimées des personnages d’Henning Mankell ou de Arnaldur Indridason et autres meilleurs vendeurs scandinaves d’assassinats glacés.


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