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mercredi 11 novembre 2009, par
Les personnages de polars sont-ils les héritiers du Western ? Les bons plutôt bornés et qui feront tout pour faire triompher leur idée du bien, les méchants, très, très méchants… Et en plus... les éventuels règlements à grands coups de flingue et de distribution de gifles… Y a de l’idée, non ? Je me demande si je n’aime pas les polars pour les mêmes raisons qui me font aimer les Westerns, du genre, il y a des gentils et des méchants, et quand les gentils deviennent méchants…
J’ai déjà abordé le cas de Robert Crais, un de ces purs auteurs de polars dont les Etats-Unis ont le secret. Une quatrième de couverture de n’importe lequel de ses bouquins vous gratifie de puissants commentaires sur le thème de « Un maître du suspens » etc. Le fait est que le monsieur sait ficeler ses histoires avec les doses de violence et de réflexion qui forment le bon cocktail, 50% d’action, 50% de stress et quelques petites conneries pour faire bon poids.
Robert Crais est une sorte de bon mec et il a créé un de ces nombreux binômes qui peuplent la littérature policière, le rigolo et le taciturne qui chez les gentils forment une bonne base à toute histoire. Dans les histoires d’Elvis Cole, Joe Pike est le taciturne. La doublure, le type qui prend en compte ce que le héros normalement constitué ne sait pas faire (défoncer froidement un salopard, mettre des gifles avec les pieds, construire une bombe A avec deux boites de conserve et un couteau suisse…).
Grosso modo, ce genre de personnages évite d’être confronté au Héros unique qui lit Kant en allemand dans le texte, a un doctorat d’économie, a été commando au Vietnam et qui corrige les équations d’Albert Einstein tout en étant ceinture noire de tous les sports à base distribution de mandales.
A première vue, à la seconde aussi sans doute, les études de personnages sont rarement au centre de l’intrigue. Je ne reviens pas sur le postulat de base gentil contre méchants et les quelques variantes à base de gentil pas si gentil et de méchant finalement gentil… S’il existait un prix Nobel de psychologie en littérature, les chances qu’un auteur de polar le décroche jamais seraient tout de même assez minces. Bon…
Ceci dit comparons un instant l’incomparable : qui lit des bouquins de psycho et qui lit des polars ? Je sens que je vais m’égarer… Passons aux aventures du tandem Elvis Cole, Joe Pike… Dont le dernier opus qui me soit tombé ente les mains est :
« Mortelle Protection »… Ce titre ? Comment c’est possible ? Ca craint un peu, non ? Les titres de romans policiers… Mais comment font-ils ?
Réponse immédiate à une question sans intérêt… Pour de très bonnes raisons et plein d’autres encore, trouver un titre de roman est toujours le fait de spécialistes, parce que c’est un genre de métier un peu particulier qui obéit a des lois vaguement marketing. Dans la presse écrite c’est un peu la même chose avec ce que l’on appelle la « titraille ». Pour faire simple, ce qui est écrit en gros doit accrocher l’attention, donc… Il faut que ça claque.
Causons un peu de « Mortelle protection »…Dans ce bouquin, Elvis Cole cède la vedette à Joe Pike, même si ce genre de schéma est classique (Cf la vie de John Clark dans « sans aucun remords » de Tom Clancy), voilà un vrai bon polar. A mi chemin entre le dézinguage à grande échelle de salopards et les aventures d’une pauvre petite fille riche, le bouquin ne fait rien qu’à haleter. Et ça c’est bon. Pour les familiers de l’auteur, je veux dire ceux qui l’ont déjà lu, pas d’hésitation possible, il va falloir vous l’offrir ou l’emprunter, parce que comme dans un Western, à la fin on est content. Les gentils passent de sales moments, moins que les méchants si l’on y réfléchit et à la fin, ami lecteur, tu refermes le bouquin avec un petit sourire, un peu à regret parce que la balade était sympa.
Psychologiquement ce n’était pas un chef d’œuvre, mais toi t’es content, ce qui n’est déjà pas si mal, non ?