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Afghanistan, Wikileaks...

Le scandale ? Quel scandale ?!

mardi 3 août 2010, par GB

Sur vos plages ensoleillées, je ne sais pas si vous suivez l’affaire mais dans le Landerneau mondial des sauveurs du monde, malgré lui, un site internet a fait scandale la semaine passée. Le vilain site internet Wikileaks a mis en ligne 92 000 documents et autres fichiers qui attesteraient que la guerre en Afghanistan ne serait pas gagnée, que rien n’indiquerait que l’on en prenne le chemin et qu’il ne serait pas à exclure qu’au passage, un certain nombre de civils ne soient pas tués que par les très méchants Talibans.

Bon... Jusque-là... Nous sommes bien dans l’inutile car à moins d’être un incurable optimiste shooté aux discours guerriers, il est difficile de croire que ce que l’on a pas été capable de faire en 9 ans, on va y arriver d’ici à 2011, qui est, je le rappelle pour mémoire, la date de retrait prévue des soldats du pays. Les USA ont en effet renforcé de plus de 20% le nombre de leurs troupes pour atteindre cet objectif. Las...

On ne peut pas dire que cela aille beaucoup, beaucoup mieux. Le nombre des soldats tués en opérations ne cesse de croître. Et donc Wikileaks, le vilain site qui n’a rien fait qu’à mettre en ligne plein de documents qui attestent de cet état de fait, s’est retrouvé accusé de ne rien faire qu’à mettre en danger la vie de plein de braves gens, Afghans et soldats engagés dans cette lutte du Bien contre le Mal.

Techniquement c’est assez discutable... Pour que des mines tuent, c’est idiot mais il faut tout de même passer à proximité. Que les soldats risquent leur vie sur place est plus qu’une évidence puisque plus de 400 ont trouvé la mort ces derniers mois. Se peut-il que la personne qui les mette en danger soit aussi celle qui a décidé de les engager dans cette mission ?

Parce nonobstant les menaces éventuelles que ferait peser sur eux le fait de décrire la réalité de leur engagement, avant que cette vérité ne soit diffusée, ils mourraient déjà. Ils mourraient dans l’hypocrisie d’un engagement dont la réalité était soigneusement dissimulée. Ils mourraient en pleine conscience pourtant de cet état de fait, parce que bêtement, vue du terrain, la réalité a un aspect frappant qui ne laisse guère la place au doute.

Citoyens anonymes et silencieux, ils risquaient assez peu de dévoiler les conditions ubuesques de ce conflit. Lorsque l’un d’entre eux se risque à communiquer ses doutes sur la validité de cette mission, sur les conditions d’engagement ou sur quelque aspect de ce conflit, les sanctions ne sont pas longues à tomber.

Le général de division Vincent DESPORTES, qui s’était un peu lâché sur le sujet, n’a pas été déçu du voyage. Convoqué et blâmé, il a vu s’achever sa longue carrière sur une sanction pour cette gravissime faute, avoir tenté d’appeler l’attention de tous sur cette question : "Pour qui et pourquoi meurent les soldats engagés en Afghanistan ?"

On peut bien entendre un certain nombre de choses sur la raison d’Etat, le secret défense... Il y a des choses à ne pas dire, certes. Le plus souvent, elles sont précises, singulières. Refuser de voir la vérité en face, s’attaquer à la liberté d’expression est moins justifiable. Ainsi, le détail d’une opération doit être protégé, c’est une évidence. Le déroulement général des opérations, leur effet sur le terrain et les populations, en revanche, me semblent être d’intérêt public.

Si la guerre menée en Afghanistan ne peut être gagnée, faut-il la faire ? Sommes-nous capables de l’étudier sous un autre angle ? A savoir, le fait d’être engagés dans une sale guerre ne menace-t-il pas plus encore nos intérêts, tant sur place qu’ailleurs ? Curieusement, la sémantique émotionnelle dont se servent nos gouvernants sur le sujet ne semble pas être de nature à nous éclairer sur la situation réelle vue du terrain. La guerre contre les "barbares moyenâgeux", c’est bien gentil mais c’est un peu court comme politique étrangère...


Vos commentaires

  • Le 4 août 2010 à 23:14, par Hugues

    Concernant le général Desportes, j’ai eu l’occasion de dire ce que j’en pensais dans "une tempête dans un verre d’eau". Je maintiens la ligne : ce n’est pas pour ce qu’il a dit qu’il a été sanctionné mais parce qu’il a joué aux starlettes.
    Pour la guerre en Afghanistan, il est facile de hurler avec les loups et de dire que c’est perdu : c’est tendance. Et puis ça évite de se creuser les méninges pour trouver comment gagner et mettre chacun devant ses responsabilités (politiques compris)... Alors moi je le dis : on peut gagner même si ce sera dur et long !

  • Le 5 août 2010 à 09:58, par GB

    Avant de savoir comment faire en Afghanistan, je me demande pourquoi faire...

    On peut, peut-être, gagner ? Mais quoi ?

    Gagner à hauteur d’une participation de 4000 hommes au sein d’une coalition de 155 000. Les bénéfices d’une hypothétique victoire (quand et à quel prix) nous seront reversés à hauteur de 2,5%, notre participation...

    Je ne sais pas, cela fait neuf ans que cela dure. Dans le même temps, nous faisons l’abandon de notre politique africaine. Nous quittons un continent avec lequel nous avons d’autres liens, avec lequel nous partageons notre langue, de belles pages de notre histoire. Nous y avons d’autres intérêts, d’autres amitiés.

    Est-ce que l’Afghanistan est fascinant ? Surement, mais pourquoi nous battons nous là bas ? Quel est notre but de guerre, quel est l’état final recherché ?

    Voilà, voilà, je reviendrai surement sur le sujet, tu t’en doutes, tout comme je suis bien convaincu que tu seras tenté de le faire.

    Quant au général Desportes, le fait qu’il ait voulu faire son intéressant me semble acquis. Certes. Mais bon, je considère que c’est un moindre mal. L’indifférence de nos concitoyens, entretenue par le silence assourdissant des politiques sur le sujet, me semble plus ennuyeuse. Les opérations militaires sont des choses trop sérieuses pour les laisser sous la seule responsabilité des civils, non ;-)

  • Le 5 août 2010 à 16:28, par Hugues

    Ahhh ! Tu réveilles en moi le mec capable de parler de l’Afghanistan tous les mercredis soirs pendant des années... Je vais essayer d’être bref. Tout d’abord, si la France ne pèse pas bien lourd dans la coalition, je crois cependant qu’il faut maintenant affermir une solidarité occidentale qui fait trop défaut chez nous où l’anti-américanisme bon teint est à la mode rue de Solférino. Nos ennemis ne font pas tant de distinctions que ça... Nous sommes tous les mêmes pour eux, tout comme pour les Afghans en général. Cela doit nous imposer de ne pas afficher sur la place publiques nos désaccords (ce qui ne veut pas dire de ne pas en avoir). Plus utilement, le France, membre permanent du CSNU, pays nucléaire, membre fondateur de l’OTAN et de l’UE (avec droit de véto politique dans les deux) dispose d’une influence supérieure à son poids dans la coalition. C’est donc plutôt parce que nous ne proposons rien de différent, d’innovant (out of the box disent nos alliés) que notre voix est inaudible : elle ne se distingue pas ! Mais cela peut être modifié... D’où l’intérêt du débat et le besoin de réflexion pour trouver des alternatives tactiques et stratégiques.
    Concernant le pourquoi de notre intervention, deux choses. D’abord, nous nous devons (à mes yeux) d’être capables de nous battre pour ce que nous croyons juste, sinon nous ne serions plus Français. Lutter contre des abrutis qui pendent des enfants (5 et 7 ans - c’est du vécu) et interdisent aux femmes de voir un médecin quand elles sont malades ne me parait pas abérant. C’est idéaliste, mais pour moi, c’est être
    Français. Plus pratiquement ensuite, il faut mesurer les conséquences de nos retrait, qui seraient lourdes de suites pas forcément très positives pour nous. Prenons donc le temps de sortir proprement.
    Enfin, concernant l’Afrique, je ne me sens pas lié à ce continent. Investissons là où nos intérêts sont réels et laissons les autres se débrouiller. Je ne me sens pas redevable envers eux. Ayons une politique étrangère de notre temps : il se passe plus de choses entre Tel Aviv et Dubaï qu’entre Lomé et Yaoundé... D’ailleurs, nous réaliserons certainement un jour que les Israéliens mènent le même combat que nous, avec plus de vigueur, plus de conviction... Nous en reparlerons !

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