samedi 8 novembre 2008, par
Les combats ont repris au Congo et cette information n’intéresse plus grand monde. Bernard Kouchner a repris l’avion, les journalistes ont suivi l’aller et le retour du ministre.
Ca n’avait pas troublé grand monde, ni sur place, ni à l’extérieur. La situation au Congo dont les médias parlent de temps en temps, c’est celle de l’Est du pays au Nord Kivu.

Il y a quelque chose d’obscène dans ces voyages en long courrier qui s’achèvent dans un sommet de nations impuissantes. Le dernier en date, Nairobi, retour des mêmes intervenants, rappel aux motions passée et déclarations enflammées.
Bref, de la merde. Le ministre français, entouré de son aéropage de courtisans, relit ses déclarations, se flatte de la qualité de ses interventions et puis, et puis rien. Ce genre de propos :
SITUATION EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO POINT DE PRESSE CONJOINT DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES
ET EUROPEENNES, M. BERNARD KOUCHNER, DU MINISTRE BRITANNIQUE DES AFFAIRES ETRANGERES, M. DAVID MILIBAND ET DU MINISTRE TANZANIEN DES AFFAIRES ETRANGERES, M. BERNARD MEMBE
PROPOS DE M. KOUCHNER -
Q - La solution est-elle militaire ?
R - Il n’y a pas de solution militaire. Il y aura sans doute une double nécessité, celle à la fois d’assurer la protection de l’acheminement de l’aide humanitaire et de permettre de calmer la situation.
La MONUC a déjà 17.000 hommes sur place mais il y a sans doute un problème quant à la répartition et la mobilisation de ces forces. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes entretenus au téléphone avec le Secrétaire général des Nations unies, M. Ban Ki-moon et avec le responsable du département des opérations de maintien de la paix, M. Alain Le Roy. M. Le Roy se trouvait hier à Kinshasa avant deux jours de visite à Goma ; il décidera sans doute d’une nouvelle répartition. Il faut savoir, en effet, qu’il y a seulement 800 membres de la MONUC présents et protégeant Goma. Mais cela ne dépend pas de nous. Nous verrons s’il y a besoin d’aide mais, pour le moment, il n’y a pas besoin de forces européennes. Ce que nous pouvons éventuellement faire, dans la mesure où cela nous est demandé, c’est d’assurer la protection de l’acheminement de l’aide humanitaire.
Q - Quelle est la cause de la crise ?
R - Il existe un document sur cette question, l’Accord de Nairobi, Goma et Amani. Nous savons ce qu’il faut faire, étant donné qu’il y a une feuille de route. C’est la raison pour laquelle il était important que nous puissions rencontrer le président de l’Union africaine qui est en total accord avec notre démarche. Sous les auspices de l’Union africaine, l’Union européenne est prête à travailler et nous organiserons bientôt la rencontre d’un groupe de travail réunissant des experts. Ce travail d’équipe tant à l’échelle régionale qu’internationale est très important en vue de mettre en œuvre ce qui a déjà été signé par l’ensemble des protagonistes./.

Je préfère infiniment les propos de Rama Yade tenus à Aujourd’hui en France le 2 novembre : Q - Toutes les ONG présentes dans la région parlent de "catastrophe humanitaire". Quelle est l’urgence ?
R - L’urgence, c’est que le cessez-le-feu du 29 octobre décrété par la rébellion de Laurent Nkunda soit respecté. Il faut apaiser les tensions pour revenir à un processus politique. La situation humanitaire, que certains semblent aujourd’hui découvrir, est dramatique. J’étais en juin dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo, et ce que j ’ai vu là-bas, moi qui ai déjà effectué environ 70 déplacements, je ne l’ai jamais vu ailleurs. Je suis réellement revenue de l’enfer ! C’est une tragédie oubliée.
Q - Et vous être rentrée traumatisée…
R - Le mot n’est pas trop fort. En RDC, où l’on compte entre 50.000 et 100.000 femmes violées depuis 2003, j’ai entendu les récits insoutenables de femmes enlevées, transformées en esclaves sexuelles par des bandes armées avant d’être abandonnées à leurs communautés qui, bien évidemment, n’en veulent plus à cause du sida ou de terribles séquelles physiques comme les fistules. A travers ces femmes, ce sont des communautés entières qui sont ainsi détruites. Sous l’effet d’une totale impunité des auteurs, le viol est devenu une arme de guerre au Congo. Et ce phénomène a pris dans ce pays une ampleur effroyable. A l’hôpital de Panzi, j’ai ainsi rencontré un homme remarquable, le Dr Mukwege qui, seul avec quatre aides-soignantes, opère ces femmes brisées à l’aide de moyens dérisoires.
Q - Assiste-t-on à un nouveau conflit ethnique entre Hutus et Tutsis ?
R - Il ne s’agit pas à l’origine d’un conflit expressément ethnique. La population congolaise est bien plus diverse que cela. Même si certains rebelles utilisent de temps en temps l’argument ethnique pour justifier leur action. Ce qui est certain, c’est que, depuis la reprise des combats début septembre, on compte plus de 200.000 personnes déplacées qui s’ajoutent aux 800.000 qui croupissent depuis des années dans les camps de réfugiés, à la suite des différents conflits de la région. Sans parler du recrutement d’enfants soldats qui a repris. Il semble que la rébellion de Laurent Nkunda, implantée dans le Nord-Kivu, cherche à asseoir son contrôle sur une région très riche en coltan, un minerai très recherché pour la fabrication de téléphones portables.
Q - La MONUC (Mission des Nations unies au Congo) a-t-elle assez de moyens ?
R - Je pense qu’il est plus que temps de renforcer ses moyens d’action. On ne peut plus se contenter de dire que la MONUC, avec ses 17.000 casques bleus, est la plus grande force des Nations unies au monde alors que, sur le terrain, les viols de femmes se poursuivent et les réfugiés se multiplient. Les militaires de la MONUC sont certainement ceux qui en ont le plus conscience car ils sont présents sur le terrain. Le mandat de la MONUC, qui vient d’être renouvelé, spécifie pourtant noir sur blanc qu’elle a mission de protéger les civils.
Q - L’envoi d’une force européenne, c’est en dernier recours ?
R - Même si l’Union européenne a décidé que ce n’est pas d’actualité, je pense qu’il est indispensable d’étudier des moyens d’action le plus vite possible. L’Histoire nous regarde./.
L’histoire nous regarde et nous tournons légèrement la tête de coté... Comme ça on voit moins bien, c’est moins gênant...