En tout cas, très peu pour moi...
samedi 7 mars 2009, par
La semaine prochaine, mercredi pour être précis, notre président de la république à nous qu’on a, va nous expliquer pourquoi la France va rentrer dans le commandement militaire intégré de l’OTAN. Je lui souhaite bien du plaisir et comme au journal on est pas chiens, je vais essayer de comprendre le pourquoi de la chose...
Ce qui changera de l’attitude de messieurs Tilinac, Tréard et Carlier... Je vais essayer de vous démontrer ça sans vous infliger leur contribution au débat dans une émission de RTL, "On refait le monde" du 6 mars. En quelques mots, l’incompétence le disputait à l’ignorance et au résultat... Match nul...
La France doit rentrer dans l’OTAN... Kessesé ça ? L’OTAN est un traité formant une alliance militaire pour s’opposer au défunt Pacte de Varsovie. Bref ça servait à se protéger pendant la guerre froide. Et là, il faut y rentrer...Drôle d’idée, nous y étions pendant la guerre froide, nous en sommes partis en 1966, pendant la guerre froide. Maintenant qu’il n’y a plus de guerre froide, plus de raison d’être donc... Et ben on y retourne...
On y était toujours plus ou moins, mais il s’agit de rentrer dans le Commandement militaire intégré. En gros, 800 personnels devraient rejoindre les états-majors de l’alliance. Si ça ne sert à rien, autant s’en passer, parce que ça va coûter des sous cette bêtise. Rapport à la crise, je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire... A la louche, 6500 euros par personne, par mois et donc pas loin de 62,5 millions d’euros par an. A titre de comparaison, le budget d’entraînement de l’Armée de terre Française est de 74 millions d’euros. Donc c’est beaucoup d’argent pour rien. Parce que ne nous mentons pas, ces hommes et femmes ne seront pas ailleurs et il faudrait bien savoir à quoi bon...
Il s’agit d’aller prendre le commandement de Norfolk Allied Command Transformation, un joli poste de commandement de la réforme de l’OTAN. Soit qui fait partie de l’OTAN et comment ça marche l’OTAN. Utile... Presque autant que notre journal, c’est dire... Et sinon il y aurait aussi le commandement du PC interarmées de Lisbonne, je vous laisse le retrouver dans l’organigramme de la bête ici.
Et donc c’est bien noyé dans la toile l’organisation que se cacherait la prime de retour pour la France...
Un retour, mais à quel prix ?
Pouvoir participer aux choix de l’organisation... C’est bien, mais si cela doit se résumer à engager davantage de troupes en Afghanistan, c’est un peu court. Je ne vois pas ce que nous y faisons, alors y aller à plus nombreux...
Bon, en dehors de ces considérations mesquines... Aujourd’hui qu’est ce que l’OTAN ? Ni plus ni moins qu’une organisation qui cherche à fédérer des capacités militaires en vue de mener des missions loin de sa zone originale d’action. Pour mémoire l’Europe, entre Lisbonne et Berlin au départ. Mais au service de qui ?
Le concept d’alliance, c’est très joli, mais dans les faits, il s’agit tout de même de voir quels sont les buts de cette alliance et si elle est un outil, à quoi il sert. Sur le cas de la Géorgie par exemple :
"Déclaration du Secrétaire général de l’OTAN sur la reconnaissance par la Russie de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud
Je rejette la décision prise par le gouvernement russe de reconnaître les régions géorgiennes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie. Cette décision contrevient directement aux nombreuses résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies concernant l’intégrité territoriale de la Géorgie, résolutions que la Russie elle-même a entérinées. Les actions menées par la Russie ces dernières semaines remettent en cause l’engagement de ce pays en faveur de la paix et de la sécurité dans le Caucase. L’OTAN soutient fermement la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Géorgie et elle appelle la Russie à respecter ces principes."
Vu du coté Russe, ça se la pète grave l’OTAN. Pour mémoire, la jolie alliance de l’OTAN a tout de même bombardé Belgrade pour lui faire modifier ses frontières et accepter de voir occupé le Kosovo, avant que celui-ci ne soit poussé à l’indépendance, en ayant délicatement fermé les yeux sur le nettoyage ethnique dont les serbes furent victimes. Oui, parce que là, le pauvre Kosovar Albanais, va pas falloir me la raconter trop longtemps, j’ai vu les églises des Serbes brûlées, j’ai escorté des convois de Serbes pour les protéger. Et ça, les Russes n’ont plus ne l’oublient pas. Parce qu’ils avaient prévenu que le soutien à l’indépendance du Kosovo créait un précédent qi ferait "jurisprudence". Et je pense que quand un pays comme la Russie qui possède les moyens de sa politique, y compris nucléaires, Otan ou pas, on lui parle poliment, c’est mieux.
Aux frontières de quoi ? de la civilisation ?
L’alliance pacifique qui fait la guerre en Afghanistan au nom de la démocratie, curieusement fait face à une situation qui ne cesse de se compliquer. A croire que la liberté imposée, ça ne serait pas vécu pareil par les Afghans. Aujourd’hui, ça fait quand même du monde :
La guerre en Afghanistan expliquée par un Général de corps d’armée US, ça donne ça dans le texte :
"On February 1, 2005, Lieutenant General Mattis, speaking Ad libitum at a forum in San Diego, said "You go into Afghanistan, you got guys who slap women around for five years because they didn’t wear a veil. You know, guys like that ain’t got no manhood left anyway. So it’s a hell of a lot of fun to shoot them. Actually, it’s a lot of fun to fight. You know, it’s a hell of a hoot. It’s fun to shoot some people. I’ll be right upfront with you, I like brawling." Mattis’s remarks sparked controversy and General Michael W. Hagee, Commandant of the Marine Corps, issued a statement suggesting that Mattis should have chosen his words more carefully, but would not be disciplined."
General James N. Mattis, USMC is the current Commander, U.S. Joint Forces Command (USJFCOM) and Supreme Allied Commander Transformation for NATO.
C’est bête, mais je ne suis pas sur de souscrire à sa vision géopolitique, et qu’on ne m’emmerde pas avec de l’anti-américanisme primaire, j’ai dans ces colonnes dit tout le bien que je pensais du général David Howell Petraeus ici.
Que fait l’OTAN en Afghanistan, donc...
Elle(l’OTAN,ndlr) dirige, sous mandat de l’ONU, la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS), force internationale de quelque 55100 soldats qui aide les autorités afghanes à exercer et à étendre leur pouvoir et leur influence sur l’ensemble du pays afin de créer les conditions propices à la stabilisation et à la reconstruction.
Et 55 000, ce n’est qu’une étape. Barack Obama va renforcer le contingent américain, les Européens sont appelés à en faire autant. Dans les années quatre vingt, 100 000 soviétiques, plus lourdement armés n’ont pu venir à bout de la résistance Afghane. Aujourd’hui, ces résistants, on les traite de terroristes. Mais je crois qu’ils s’en foutent, ils se sentent plus envahis que libérés.
Et si on m’explique que la défense de l’Europe commence à Kaboul, j’ai comme un doute. Ca ressemble au "limes" romain, la frontière de l’empire, défendue par des soldats de toutes les nations de l’empire. Et historiquement, les empires se cassent la gueule. C’est donc un peu emmerdant que de rejoindre une structure dont les buts ne servent pas véritablement notre politique diplomatique depuis toujours.
La France, c’est bête peut être, est un état nation. A ce titre, elle n’est pas impérialiste, elle s’est opposée aux empires européens depuis le Saint empire romain Germanique jusqu’à l’invasion de l’Irak. L’empire Napoléonien, est à mon sens plus une parenthèse et une exception qu’autre chose, avec un léger sens de la perspective, on peut se demander ce que pèse 15 ans d’épopées militaire au regard de 15 siècles d’histoire. Alors, nous avons beau évoluer dans un monde dont la géopolitique est lue à l’aune du choc des civilisations, je pense que nous ferions mieux de nous placer à quelque distance des parties en présence, pour essayer de créer des conditions de dialogue de ces civilisations.
Vos commentaires
Merci pour cet exposé.
Je suis, moi aussi, assez impatient de voir comment on va nous vendre la chose car j’éprouve les plus grandes réserves quand à l’intérêt d’un tel rapprochement.
La solidarité atlantique avait des limites que nous sommes largement en train de franchir, et s’il s’agit d’avoir des liens privilégiés comme ceux qu’ont les USA et la Grande-Bretagne, je crains fort que notre imprégnation latine, nous laisse encore longtemps à la porte des alcôves anglo-saxones mais je ne suis pas sociologue.
Sans aller jusqu’à me perdre dans des considérations sociologiques (très drôle et bien vu au demeurant), moi aussi je ne vois pas bien pourquoi on se priverait du droit d’ouvrir notre grande gueule ?
Pas de bêtises : la France s’est opposée à la guerre en Irak pour des intérêts économiques et stratégiques, rien d’autre ! Il faut le reconnaitre et il faut reconnaitre aussi que tous les états –la France aussi !!– sont poussés et guidées par des considérations et des évaluations purement nationales et égoïstes. Quelqu’un pourrait citer, à cet égard, la règle de « 5 C » et il aurait raison. Bon gré ou mal gré, les choses marchent de cette façon dans le milieu politique et diplomatique. Quant au Général MATIS, je ne l’ai jamais apprécié, néanmoins dans d’autres amphis où il a donné épreuve de n’être pas illuminé par le génie d’autres grands commandants américains. Cela dit, il faut aussi inscrire ses mots dans le contexte : si on parle aux troupes en train de partir pour le théâtre opérationnel il faut « stimuler les esprits » ; si, au contraire, on donne un discours à l’Assemblé Générale de l’ONU il faut chercher des positions communes ; si, enfin, on mène une discussion avec « un allié mais pas amis » transalpin, il faut « essayer de créer des conditions de dialogue de ces civilisations » !! Une dernière observation : quelqu’un pourrait dire que si en Afghanistan, encore une fois, nous nous plaçons « à quelque distance des parties en présence » on risque d’autres Darfour ou d’autres Sierre-Lion. Certes, l’Asie et l’Afrique ne sont pas la « zone originale d’action » de l’OTAN mais alors quoi faire ? … faut-il attendre l’intervention robuste et déterminante de l’ONU ? Il faudrait plus de temps pour en parler mais … la salle C6 a été malheureusement fermée !!