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dimanche 2 mai 2010, par
Qui connait Goliath Tabuni ? La réponse est nette : personne ! Et c’est bien là son drame car un peu de notoriété lui serait bien utile. Je m’explique…
Depuis 1963, le « général » Goliath Tabuni est à la tête de l’Organisation pour une Papouasie Libre (OPL), mouvement de libération en guerre contre le gouvernement indonésien dans sa province de Bornéo. Or, c’est dans cette province que se trouve la mine de Grasberg, premier gisement d’or et troisième gisement de cuivre du monde. 2% du PIB indonésien. Autant vous dire que l’Indonésie n’est pas prête de lâcher le morceau.
A la base, ce mouvement insurrectionnel a donc tout pour plaire à une opinion publique occidentale prompte à prendre fait et cause pour n’importe quel nouveau Che Guevara. Refusant pêle-mêle la soumission au capital, l’exploitation de l’homme par l’homme, la spéculation, le réchauffement climatique, le profit, l’électricité et l’eau courante (le papou se lave peu et ne coupe pas son whisky), il pourrait même se tailler un franc succès d’estime dans les cocktails de la rue de Solférino. Pourtant, il n’en est rien. Pourquoi me direz-vous ?
Parce que notre bon Goliath est un amateur. Depuis 45 ans, il n’a jamais réussi à faire basculer son combat au-delà d’un niveau de violence qui aurait non seulement attiré l’œil des gouvernants mondiaux (dont l’ONU) et des militaires, surtout des spécialistes du domaine. Pour dire, certains de ses guérilléros sont même équipés d’arcs traditionnels et leurs faits d’armes se limitent à quelques mitraillages de bus. Consternant. En face de lui, le gouvernement indonésien a mis un terme aux dernières discriminations touchant les papous pour leur conférer une nationalité pleine et entière, leur permettant ainsi de faire carrière dans l’administration jusqu’au plus haut sommet. En agissant ainsi, l’Indonésie prive l’insurrection d’une forme de rancœur qui pouvait lui apporter des soutiens, voire déstabilise durablement ses revendications en la prenant de vitesse. Son combat semble donc mal emmanché…
En fait, ce dont l’OPL a besoin c’est d’un chef, un vrai. Comme Raoul. Ou au moins un bon conseiller en révolution. Quelqu’un capable de savoir qu’il faut avant tout gagner la guerre de l’information, la guerre de la perception, la guerre de l’opinion. Un Lawrence d’Arabie version tropicale. Un nouveau Régis Debray. Ousama pourrait faire l’affaire mais il est déjà pris. Alors je me suis dit, pourquoi pas moi ? Après tout. Et là, j’ai vu une photo du bon Goliath (c’est lui sur la photo) et je me suis demandé s’il se souvenait d’avoir arrêté la chair humaine au dîner. Dans le doute, je me contenterai donc de lui faire un peu de pub. C’est fait.
Et le titre me demanderez-vous… Pourquoi est-il si sympathique alors que depuis tout à l’heure vous lisez qu’il est inapte et cannibale ? Parce qu’il y a chez lui une forme d’amateurisme opiniâtre, un sens inné de l’échec, un don pour la médiocrité que Jacques Perret n’aurait pas renié. Et j’aime beaucoup Perret. En s’associant à la grande fraternité des perdants consciencieux, Goliath a donc gagné ma sympathie éternelle. On ne rit pas tous les jours, alors faisons le quand on peu.
Vos commentaires
Cet article arrive en 1ère position sur google lorsque l’on cherche un contenu en français sur "Goliath Tabuni"...Triste sort pour ce pourfendeur de l’oppression.
On n’a pas idée de mener le combat de David avec un tel prénom.