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l’oubli

Il n’y a pas de spectateurs innocents...

mardi 30 décembre 2008, par GB

Depuis quelques semaines, j’ai croisé quelques uns de mes amis du Congo, des internationaux, des humanitaires... Plein de gens, qui ont fait le choix d’aider les autres, qui ont du mal à avoir des vraies vies. Malgré leur engagement et leurs qualités... Le temps et l’indifférence continuent leur oeuvre. J’ai appris entre autres que le merveilleux général Gaye, un brave homme vraiment qui commandait les casques bleus de 2005 à 2008 était revenu au Congo. Son successeur, un espagnol avait renoncé à son commandement, en dénonçant son impuissance.

Le prédécesseur et le successeur de ce général espagnol furtif est donc le même homme. Et le constat de l’action des Nations unies au Congo aujourd’hui n’est pas exactement flatteur :

« Le temps n’est plus où William Swing, le représentant spécial du secrétaire général de l’Onu, était appelé « Coco Swing » dans une chanson qui lui était affectueusement dédiée et où les Congolais parlaient familièrement de « Monic »… Aujourd’hui, des pierres sont lancée sur les véhicules blancs des poings se tendent, des éditoriaux demandent le départ des Casques bleus tandis qu’une lettre du général Nkunda, citée par le Financial Times, assure que son mouvement » ne peut plus garantir la sécurité des forces onusiennes présentes sur le front. » Dix ans après l’arrivée des premiers observateurs et deux ans après avoir fortement contribué au succès des premières élections démocratiques, c’est contre elle que la Mission des nations unies au Congo fait pratiquement l’unanimité ! » [1]

« Les Casques bleus, en l’état actuel, ne sont qu’un empilement de forces militaires hétérocliques et antagonistes, comme c’est le cas au Congo, au Nord-Kivu. Des contingents issus d’ennemis historiques depuis 1947, l’Inde (4400 hommes) et le Pakistan (3600 hommes) constituent l’ossature de la Mission des Nations Unies au Congo. » [2]

Ces constats nous les faisons depuis... C’est un peu congénital des Nations unies, cette impuissance, cette capacité à essayer de construire d’une manière utopique des forces de paix qui sont incapables de la rétablir... Enfin, le Congo est certainement en train de devenir le cimetière de l’utopie Onusienne. Et non, ce constat n’amène aucun soulagement, aucune raison d’être... Je ne sais plus, aucune raison d’être optimiste, ce qui est emmerdant. Des milliers de morts, des centaines de milliers de viols, des millions de réfugiés...

Tout ces chiffres manquent de vie, de celle de quelqu’un qu’on connait.

prenez Pierre par exemple, sur cette photo, c’est un visage. C’est aussi, quelqu’un, il a une famille, une femme bien sur et trois enfants. Pendant six mois nous nous sommes parlés tous les jours, des petites choses, trois fois rien parfois, parfois un peu plus. Pierre est donc devenu un ami, comme ça. Quelqu’un qui vous sourit quand il vous voit. Et ça, dans un pays ravagé, où une mauvaise nouvelle chasse la précédente c’est important. Pierre est congolais, ce n’est pas une raison pour être amis, même si c’est important qu’il le soit. Quand on part en mission dans un pays étranger, un pays qui n’est pas le notre, un visage et un nom, quelqu’un comme Pierre par exemple, c’est important. Des gens comme Pierre, il y en a soixante trois millions environ au Congo.

Ils sont importants tous, c’est pour eux que depuis 10 ans, il y a des casques bleus. Des braves gens le plus souvent, qui sont venus faire leur métier pour aider ces millions de gens. D’où qu’ils viennent, ces soldats sont des gens comme les autres. Il y a parmi eux un petit nombre de sales types ou de pauvres types qui se livrent à des trafics, qui bref font des conneries. Une infecte et ridiculement faible minorité, mais majoritairement ce sont des bons mecs.

Derrière tous ces braves gens, il y a d’autres braves types qui sont à la tête des pays qui se sont engagés à fournir ces hommes et ces femmes qui sont les soldats de la paix. Ce qui est emmerdant et logique à la fois, c’est que ces braves gens que l’on appelle des dirigeants, des gouvernants en quelque sorte donnent des instructions qui viennent paralyser leur actions. Ainsi vous avez nombre de pays qui n’autorisent pas l’usage de la force par les contingents de soldats qu’ils ont délégués aux Nations unies. On n’en parle rarement, c’est une erreur je crois. Au sein de l’OTAN ou de l’ONU ces règles d’engagement s’appellent des CAVEATS ou MOU’s, elles sont très politiques, diplomatiques. Des braves types encore les ont pesées, réfléchies.

A la fin de la journée, toutes ces bonnes pensées et ces études font que les casques bleus sont parqués dans leurs quartiers dont ils ne sortent que pour mener des patrouilles en véhicule. Ils vont tout droit, d’un point à un autre, arrivent dans un village, posent trois questions, font le chemin inverse, remplissent un compte rendu en trois exemplaires. Et l’on envoie ces comptes rendus dans des bureaux qui en font des synthèses. Puis dans d’autres bureaux où l’on synthétise toutes ces patrouilles avec les autres, celles des autres régions. A la fin de la journée donc on en fait un câble que l’on envoie à New-York. Le lendemain matin, des réunions de la direction de la mission permettent de mesurer à quel point tout va bien.

A suivre...

Notes

[1] Colette Braeckman /Le Soir

[2] Bolya Baenga est un écrivain congolais.


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