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mardi 14 octobre 2008, par
De Kisangani à Goma... En voiture pour 10 à 15 jours de route, au coeur de tous les trafics, de la rébellion... Près de 600 km, pas de routes, peu de pistes... peut être pas une très bonne idée... Faites le test sur Google Maps pour itinéraire, la réponse est : "impossible de calculer l’itinéraire entre Kisangani, Orientale, République démocratique du Congo et Goma, Nord-Kivu, République démocratique du Congo."
Depuis que j’ai croisé la championne du monde des sourires, la problématique de la traversée du Congo par une bande de gugusses en bagnole a changé de nature. rien de fondamental, mais je rappelle le chef de l’expédition pour l’envoyer à l’état-major de la division Est de la MONUC à Kisangani. Histoire de valider son itinéraire et de s’assurer qu’ils puissent bivouaquer dans des conditions de sécurité décentes lorsqu’ils entreront dans les zones les plus merdiques du Nord Kivu.
Le trajet est improbable, la sécurité très douteuse et j’ai le sentiment qu’ils ne se rendent pas compte que la valeur de leur convoi représente quelques siècles de salaire Congolais moyen. Quand des gens meurent pour une chèvre dans ce pays...
J’appelle mon subordonné à Goma, province du Nord-Kivu, la région qui craint vraiment. A ce moment là, j’ai encore quelques illusions sur l’efficacité des casques bleus sur place, et la confiance qui va avec. Mon commandant Indien va faire le nécessaire, toutes les garnisons sur le trajet seront prévenues. Dès leur arrivée dans le district du Massissi, les aventuriers seront hébergés et bien accueillies.
Mon héros préféré m’appelle de Kisangani avant de partir, il a pris un camion dans le coffre d’une voiture, mais ce n’est pas trop grave. Il a l’air surpris que la population ne lui ai pas manifesté la sympathie qu’il pense inspirer à tout le monde. Bref, il s’est taillé avant de se faire lyncher...
Les quinze jours qui suivent sont entrecoupés de coups de téléphone et autres SMS. Soit Jésus Maurice Abdallah ou de la charmante. Et là, ça démarre bien dans ma tête, parce que ça devrait déjà être fini cette affaire.
Après une traversée épique de la province orientale, mes nouveaux amis arrivent à Goma. Je n’ai pas le sentiment d’y être pour grand chose, un peu c’est tout. Des voyageurs ont été pris en otages sur la route, pas eux. Je crois que le bon Dieu est un bon mec, sympa avec les simples qui traversent en inconscients des coins vraiment pourris.
Et là, la bonne question est de savoir non pas si je vais y aller, mais comment je vais y aller ? Parce que nous sommes restés en contact tout au long de cette traversée, et si la conversation du patron de l’expédition ne me transcende pas, j’ai super envie de revoir cette jeune femme entraperçue il y a quelques jours. Je pense que personne n’a besoin que j’explique pourquoi ?
Il n’y a pas dix mille moyens de le faire, je prépare un dossier, une mission pour aller me faire une idée de la situation sur place. J’emballe ça dans un franglais administratif pompeux. J’insiste sur la version anglaise puisque mon patron français (mon sous-chef en fait) n’est pas franchement à l’aise. D’où il apparait que ma présence à 2300 km de Kinshasa est indispensable fin mai 2007 en vue d’étudier la mise en œuvre d’une nouvelle directive demandée par le grand-chef.
Et même s’il est vrai que ma présence n’est pas inutile, je pousse un peu pour monter cette mission. Via les jolies liaisons aériennes de la mission, la deuxième compagnie aérienne en Afrique par le nombre d’aéronefs et le volume de passagers transportés, je vais de Kinshasa à Goma, via Kisangani, Bukavu et fini par arriver 8 heures plus tard.
A Bukavu, en zone de transit j’aperçois un journaliste, Serge Maheshé, j’en reparlerai dans une autre chronique un de ces jours. Je suis accueilli par une équipe indienne qui me conduit à mon hôtel avant que je leur rende leur liberté.
Coup de téléphone à mes amis de l’aventure c’est l’aventure... Le chef de l’expé(dition), mais dans le milieu on dit juste expé, c’est mieux, le boss me dit qu’il va passer me récupérer. 10 minutes plus tard, le voilà, chapeau à la Crocodile Dundee, la gueule cramée par le soleil, une bonne tête de chef scout prêt à vous chanter les joies de la vie au soleil et sous les étoiles, youkaidi...
Pour citer un pote (tu vois jef t’es pas tout seul), j’enfile ma cagoule de con et prend une tête de bourricot niaiseux. Ah, là je suis pas déçu... C’est là que je vais me le surnommer Jésus Abdhalla Machin, parce que le camarade, il pédale bien sur son petit vélo...
Un coté mi-prophète halluciné, mi-gourou, je comprends mieux pourquoi il a fallu le sortir de son dock à Kisangani, pourquoi il me prévenait à la dernière minute quand il avait besoin d’un truc. Ce mec est incapable de coordonner précisément son affaire. Mais comme ça va être long , on en reparlera au prochain épisode...