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Les aventuriers (épisode 1)

lundi 29 septembre 2008, par GB

Ca commence lors des consignes, c’est un nom sur un tableau blanc et un numéro de téléphone. Je demande donc à mon aimable prédécesseur de quoi il s’agit. Question de merde, mais comme souvent.

Il évacue le problème en m’expliquant qu’il s’agit d’une expédition française qui traverse l’Afrique avec du bio-carburant. Et alors ? Et bien ils devraient traverser le Congo d’ici un mois et il faudrait... Je te coupe tout de suite, ils sont au courant que le pays est en guerre ? Oui, mais on devrait leur donner un coup de main et... Et qu’est ce que ça à voir avec la mission... Ben c’est des Français, alors.. Ouais et alors, c’est pas vraiment ou plutôt c’est vraiment pas la mission. Oui mais tu comprends... Non, je vois pas trop. ...

Bref, on passe sur ce truc là, sur le tableau le numéro de téléphone et le nom vont rester bien calmes. Et le boulot, la mission, la vraie celle de tous les jours a commencé sur les chapeaux de roues, visites dans l’Est du pays où l’insécurité est l’euphémisme qui déguise, mal, les meurtres, les assassinats, vols et autres pillages qui marquent la vie des Congolais dans les Kivu (Nord & Sud).

Il y a Monsieur Jean-Pierre Bemba, candidat malheureux de l’élection présidentielle de 2006 qui cherche à quitter le pays après les combats qui l’ont opposé lui et sa garde à celle du président Kabila junior. Une bagatelle qui a fait de 200 à 500 morts dans les rues de Kinshasa.

Sans vouloir revenir sur ces combats, un sujet de roman en soi, le 21 mars 2007 les médias pro-Bemba ont été « spontanément » saccagés par d’honnêtes citoyens moyens. La couverture des combats qui éclatent la semaine suivante se fait sous le regard des médias officiels... Un certain nombre d’épisodes passent donc dans les poubelles de l’histoire. Après deux jours de combats acharnés, car les amis du Détachement de protection présidentiel de Mr Bemba sont lourdement armés, le combat tourne en faveur des hommes du président. Bemba se réfugie dans la résidence de l’ambassadeur d’Afrique du Sud. Les pillages et autres distractions qui suivent illustrent l’adage latin de « Vae victis », circulez tout est pillé. Cette petite histoire, le départ de notre ami Jean-Pierre pour le Portugal se déroulent dans une ambiance électrique, car il n’est pas encore devenu un bon opposant, je veux dire un opposant mort.

Les journalistes sont sur les dents, certains n’hésitent pas à chasser le scoop quand le 11 avril, protégé par des casques bleus l’encombrant embarque avec maman et bagages à l’aéroport de Ndjili pour fuir son pays. D’où des psychodrames nervo-cacateux, sur le thème de la liberté de la presse et des réponses sur le thème de « on est là pour t’empêcher de te faire buter connard », mais dit avec des mots polis.

Finalement quand début mai, mon téléphone sonne, j’avoue que je m’en fous qu’un type m’appelle de Bangui (capitale de la Centrafrique) pour me dire qu’il va franchir le fleuve Oubangui pour entamer sa traversée de la république démocratique du Congo. Je suis sur le point de lui avouer que je m’en pète d’une force quand je m’aperçois qu’il s’agit du mec du tableau blanc. La voix est sympa, le type n’a pas l’air de vouloir quoique ce soit, sincérement j’ai d’autres chats à fouetter et je m’entends lui dire : Et ben, traversez, ça pose pas de problèmes.

Bref, ça va bien et en vérité je m’en fous, il ne me demande rien et ça c’est bien comme ça. Ca commence pas trop mal, ça va pas durer, pas de panique, sinon il n’y a pas d’histoires. Et tous les soirs j’ai droit à mon petit coup de fil de mon nouvel ami, qui a l’air super posé, responsable et tout ce qu’il faut. Et avec ses amis ils descendent gentiment à l’ouest du pays et cherchent à rejoindre le fleuve Congo. Sur leur route, il y a Gemena, une garnison des Nations-unies, qui offre les seules capacités d’hébergement sur place, avec des trucs à base de sécurité et d’eau courante. Forcément mon pote m’appelle genre trop tard, et comme un connard de base, mes petites conversations m’ont engagé dans un processus où je suis niqué. A force de causer, me voilà bien obligé de lui donner un coup de main au camarade. Et c’est parti, coups de téléphone le soir pour faire héberger les guignols et obtenir les autorisations administratives des Nations-unies. Rien d’une promenade de santé, c’est toujours aussi plaisant que de traiter avec les fonctionnaires de l’Organisation.

Finalement un bon mec m’envoie le papier miraculeux et sans le savoir, là c’est bon, jusqu’à leur départ du Congo, je vais suivre et soutenir mes potes... fin de l’épisode 1


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