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Quand on est con, on est con (et sympa avec les jolies filles)
mardi 30 septembre 2008, par
Après avoir quitté Gemena, les amis arrivent sur le fleuve, le Congo lui même, autrefois voie navigable, mais quelque peu embourbé, ensablé et plus très balisé depuis une bonne vingtaine d’années. L’expédition embarque ses véhicules sur une barge et va flotter gentiment vers Kisangani, au coeur du pays, d’où ils espèrent reprendre la route.
Pour moi une semaine sans soucis, enfin sans soucis de leur part. Le bateau avance nonchalant et les joyeux aventuriers évitent de se faire piquer par les mouches tse-tse. Honnêtement, ça me va bien, c’est à ce moment là que je pars pour la première fois à Goma, une tournée des popotes indiennes dans les pas de mon chef que j’aime tant. C’est encore le temps de la naïveté, je crois que nous ne nous sommes pas encore pris de front et je ne connais pas grand chose du Congo.
Nous sommes partis pour trois jours le jeudi dans l’après midi et il n’y a pas grand chose d’autre à dire. Militairement la situation est à peu près calme, en terme de sécurité des populations, les 600 000 réfugiés ont une opinion probablement moins favorable, une vie plus précaire que la notre. Nous descendons à l’hôtel Ihusi, au bord du lac Kivu, à moins de deux kilomètres de la frontière Rwandaise. La classe, avec ses deux restaurants, sa piscine, la clim et la télé qui marchent dans toutes les chambres. Nous allons aller de camp en camp, accueillis par des soldats indiens obséquieux qui essayent de nous neutraliser à grand coups de thé sucré et de gâteaux sirupeux. Notez, ça ne nous changent pas des discours de leurs chefs mielleux et martiaux. Vraiment tout à l’air super.
Rentré le samedi, je me coltine la lecture de mes douze mille mails, gratte les éléments de mes prochaines interventions. Au cours de la semaine suivante, rien où si peu. Mon nouvel ami le chef de l’expédition que je ne tarderai pas à surnommer Jésus Abdhalla René, me demande un coup de main pour permettre à une photographe de les rejoindre.
Les emmerdes commencent...
Chez moi les emmerdes ont souvent un joli sourire et une féminité toute en courbes qui me parle au niveau du vécu, du vivable, de l’envisageable ou du nécessaire. Les choses se précisent après un ou deux coups de téléphone... une demoiselle en détresse, parce que notre ami Jésus et caetera est un âne et qu’elle va se retrouver soit à Kigali au Rwanda, soit à Kinshasa au Congo pour au moins quelques jours avant de pouvoir rejoindre Kisangani à 1200 km de l’un où de l’autre. Vu l’état des routes, c’est juste au bout du monde et pour les compagnies aériennes, en dehors des liaisons de la mission, c’est maybe airways. Ca décolle peut être et peut être ça se pose. Il ne se passe pas une semaine sans qu’un avion se ratatine. Une fois sur quatre, le ministre des transports saute avec. La demoiselle m’envoie son mail et je lui réponds en lui envoyant une demande d’accréditation auprès des Nations-unies. Je ne tuerai personne pendant cette mission. Pris de curiosité, mon vieux démon et quelques uns de ses potes, je vais fouiner sur le web pour voir son site internet. Mise en page zéro, mais photos sympas d’une brunette un peu baba cool. Rien d’affolant, mais comme d’habitude, je me dis pourquoi pas... Plutôt que rien, je décide de m’investir. Il est vrai que je m’emmerde un peu. De fil en aiguille, je lui propose de lui trouver un hôtel, d’aller la chercher à l’aéroport. Le motif est fin comme du papier cigarette, nous avons tous les deux passé un certain temps en Polynésie.
Et me voilà en train d’embarquer mon pote Antoine comme conducteur pour la mission de récupération du lundi soir à Ndjili. Passqu’il faut vous dire que je n’ai pas perdu toute finesse (pas encore) et que dans ma petite tête je me suis dit que d’aller chercher, seul, une journaliste à l’aéroport c’était limite j’abuse de ma fonction. Bon avec Antoine, marié et un physique de pilier de rugby, je me garde la possibilité de passer pour le mec sympa. Ca c’est le vendredi, puis vient le samedi, je bosse encore un peu et voilà le dimanche.
Le dimanche comme dans la chanson, j’ai l’intention saugrenue de me reposer. Piscine et grillades, au club El-Ais, entouré de tribus de libanais qui braillent. C’est pas le top, mais avec un Ipod, ça passe. Ce jour là, mon pote Jésus Machin compliqué arrive à Kisangani sur un dock privé. Et comme on pouvait s’y attendre, c’est un numéro de « donne argent Papa » pour quitter le dock. Notre ami le prophète joue les vierges outragées et appelle son ami des Nations-unies. Merci du cadeau, je m’assieds sur mon après midi et commence à palabrer avec des Congolais à 1200 bornes de là qui ont bien l’intention de lever des fonds pour leurs faux-frais. Payés 50 dollars par mois au mieux, ils ont bien l’intention d’améliorer leur pitoyable ordinaire. Mais Jésus truc est sourd. Au bout de quelques négociations foirées, je finis par appeler un major (commandant) belge de mes adjoints qui sur place va palabrer à son tour et faire intervenir un général Congolais pour libérer les joyeux routiers. Il est 22heures quand je rentre chez moi et l’expédition des pieds nickelés commence à me plaire.
Jusqu’au départ pour l’aéroport, rien de notable. Antoine se pointe avec son quatre/quatre, genre tank sans tourelle, oui le même que mon pote Ben à Goma, un truc monstrueux. Nous voilà embarqués dans le trafic démentiel de Kin, la nuit vers la cité. Une bonne heure et demie de trajet plus tard, pour faire 10 pauvres kilomètres et nous y voilà. Gardé par les hommes du président, l’aéroport est quand même assez folklorique, tout le monde se balade en bordel, porteurs, familles, passagers etc... Sauf les bons gars des Nations-unies qui respectent un règlement qui a du brûler en 1997. Bref, on s’emmerde, on poireaute, on s’engueule avec les flics locaux et on finit par arriver dans le hall arrivée. Le vol de SN Brussels a posé, au compte goutte, les passagers s’extraient des douanes. Pour l’accueil de l’organisation, il y a les gars du protocole et j’en choppe un pour qu’il aille récupérer la demoiselle. Il faut avouer que je viens de me faire des bonnes frayeurs à base de :
Mademoiselle Chose ?
Non...
C’est pas grave.
Tout ce qui est féminin et sorti en jactant la langue de Goethe fout sévèrement la trouille et je commence à croire que j’ai encore eu une super mauvaise idée. Et lorsque Isidore ou Félicien, le gars du protocole, m’appelle quand je me retourne j’en prends juste plein la gueule. Un petit bout de brunette, championne du monde des sourires m’en claque un qui me sèche. Formule de style, il fait bien 35° encore à cette heure. On repart vers le centre de Kin, musique à fond et Antoine dans un grand soir manque d’emplafonner un bus auquel il se contentera de coller un vieux coup de pare buffles. Oui au pluriel, parce la taille du pare bestiaux est environ celle d’un radiateur en fonte du début du siècle précédent. Après curieusement, on avance sans trop de problèmes. Et...
Et elle est très sympa cette petite photographe. On l’accompagne jusqu’à son hôtel, on l’invite à dîner, j’appelle Kemal un super pote, pas mal marié et rangé des voitures. On se rend à la piscine, un restaurant grec plutôt bien. J’appelle tout le monde Papa pour faire mon intéressant, les deux anciens se causent gentiment entre eux, comme dans mon plan, la demoiselle est toute mignonne, sympa et je suis super content. On cause de Jésus Bidule qui se voit délicatement rhabillé pour la traversée de l’Afrique au moins. On la dépose à son hôtel, le lendemain je vais la chercher, nous filons à la Mission, je la confie à une bougonnante responsable des accréditations et je plonge dans une journée en enfer. Boulot, taf, réunions farcies, engueulades sur le thème de on le dit, on le dit pas (c’est de la com...). Bref, quand je reviens le soir au bureau, il ne reste qu’une petite putain de carte de visite sur mon clavier, parce qu’un de mes subordonnés a cru bon de la déposer à l’hôtel. A défaut d’une envie de génocide total, pour lui me viennent des idées pas très sympas à base d’huile bouillante sur les testicules, d’arrachage des ongles et encore bien d’autres idées assez peu compatibles avec l’éthique du métier que je fais. Long, très long et super douloureux, voilà ce que je lui offrirais comme moment si je l’avais sous la main le Wallon.
Je rentre à l’appartement, je suis super-énervé, j’ai rendez-vous avec mon pote Talisker, je casse soigneusement la gueule à deux grands verres de ce bon islay et je file me coucher, c’est pas un soir à être philosophe, c’est un soir à se calmer le neurone à grands coups de glass de whisky. Enervé encore, je me relève, je me mets une dose à tuer un ayatollah et je tombe illico dans les bras de Morphée avec la grâce d’un sac de patates...
Le lendemain, c’est la tête dans l’étau, le retour de l’encéphalographie anale carabinée. Sur mon tél, un SMS inconnu. En avalant un café surpuissant, je regarde l’affaire. C’est la petite qui m’envoie ça de son nouveau numéro congolais. Je clique sur rappeler, j’ai un sourire niais et mal à la tête, je m’en bats, les affaires reprennent et les conneries aussi.
Fin de l’épisode 2
Vos commentaires
Sounds rather familiar to me may be missing a part about a coach.