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Vanitas, vanitatis

dimanche 6 septembre 2009, par GB

« Papa français…J’ai faim… »

Dans le vrac qui s’installe rapidement au niveau de nos souvenirs, j’ai cette image gravée au fond des yeux et les conversations surréalistes qui suivirent. Personne n’a oublié que nous sommes au Congo (république démocratique du même nom). Bon passons sur le fait que souligner dans son nom ses qualités, fait souvent un peu tache au résultat. Vous ne voyez pas, bon, allons-y : « République Démocratique d’Allemagne… » Ca y est ? C’est plus clair ?

Mais nous sommes toujours début avril 2007, je suis dans ma jolie tenue de bon petit gars au service de la paix, comme je suis un gars sympa, quand je peux éviter de me balader en 4x4 je déambule sûr de mon fait et plein de bonnes intentions, comme un bon gars de l’organisation. Après tout je suis là au service de la paix et des Congolais. Je salue les braves gens qui n’on pas l’air débordés par le travail, il est vrai qu’avec un taux de chômage à 90% l’oisiveté n’est pas forcément un concept creux, ni une volonté. En bref, avec ma modestie coutumière en bandoulière, je fais le beau dans les rues de Kinshasa.

C’est un petit bonhomme, il doit avoir peut-être quatre ans, mais ici les enfants sont petits, donc on ne sait jamais quel peut être leur âge. Il fait petit, et sa maman ne l’habille pas chez Cyrillus, il a comme souvent des yeux immenses, des yeux pour tout dire plus grands que le ventre… Il trottine derrière sa maman, une jeune femme qui tient d’une main sa petite sœur et qui porte dans le dos un autre enfant, encore bébé, sanglé dans ce qui s’apparente à un paréo local. Ils sont à quelques mètres de moi, j’ai ma démarche de bourricot en goguette, hésitant entre le martial et le décontracté (super dur à faire simultanément). Je suis mon itinéraire serein, plein de bonne foi, j’ai touché, il y a peu, en liquide une petite fortune selon les critères locaux et sinon juste un bon paquet de fric. La vie est belle, je suis un sauveur du monde. Ca va aller mieux les gars… Mon petit bonhomme qui se dandine, s’arrête, me calcule et me lance « Papa français, j’ai faim… » Il me regarde et s’approche en répétant sa petite phrase, sa mère est au-delà des convenances et me regarde aussi, l’œil attentif. Au niveau de la démarche féline (martiale et décontractée, suivez un peu…) j’ai comme des ratés. Dans les poches, j’ai 2500$ et pas un pet de monnaie. 25 billets de 100 avec la tronche de Benjamin Franklin. Eh, eh, euh… Fini l’esprit, la répartie. Beuh… Je ne vais pas lui filer 100 dollars…

C’est officiel, je ne vois plus qu’un truc à faire, accélérer, finir de croiser cette petite famille et accepter que je suis un enculé. C’est quoi cent dollars dans le fond. On va pas épiloguer, le bilan c’est que comme il est si bien dit dans le nouveau testament, le chameau passe facile dans le chas de l’aiguille alors que le riche pour le paradis, c’est pas gagné.

Deux réactions illustrent un peu... si peu... à qui l’on a à faire dans l’organisation. Après cette rencontre qui m’a quand même un peu séché, je l’ai racontée. la première réaction a été celle d’un ami. Le regard sombre, grave, il m’a dit d’une moue un peu triste que le petit bonhomme devait très probablement dire la vérité. Et nous avions conscience tous les deux que nous étions trop souvent impuissants.

La deuxième réaction... Que dire, ce fut quelque chose comme, il ne sert à rien de faire la charité. Je venais d’exprimer l’idée de consacrer un peu d’argent, tous les mois pour aider une famille. Oh, je sais que ce ne serait qu’une goutte d’eau et qu’il m’a fallu traverser le monde pour voir cette réalité, qu’elle me frappe plus parce que là je ne peux plus faire semblant de ne pas la voir. La misère, la faim et les maladies sont là, en face de moi, je les vois, j’en mesure les effets aussi. Tout est là en face de nous, tous les jours nous les voyons, ils ont faim, ils en crèvent sur le trottoir où nous les croisons tous les jours. Vous trouvez ça triste ? Vous avez raison.


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