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« Sempre endavant ! »
mardi 24 mars 2009, par
Il y a quelque chose que je partage avec le génial peintre Salvador Dali, et non, je vais tout de suite vous faire taire, bande de mécréants, ce n’est pas la moustache ! Il se trouve que je possède dans mon patrimoine génétique, à moi que j’ai, 12,5% de sang catalan. Pas assez pour me rendre folle du chocolat Lanvin, mais assez pour me rendre folle tout court, du moins si on en croit les allégations du rédac. chef, qui devrait pourtant savoir qu’ « il n’y a point de génie sans un grain de folie » ou encore que « la folie est souvent la logique d’un esprit juste que l’on opprime. »
Si on exclue la production de peintres surréalistes géniaux, et de jeunes femmes originales et atypiques (bon d’accord, "folles", si ça te fait plaisir), ce petit peuple, petit par la taille mais grand par la fierté et l’orgueil, détient la particularité de posséder une identité culturelle très forte qui transgresse les frontières telles que nous les connaissons. En effet, il n’est pas rare de voir une habitante de Palau del Vidre prendre un air désabusé pour vous annoncer que son fils va faire ses études en France (comprenez qu’il va faire médecine à Montpellier), ni d’entendre un Castellais se plaindre que sa fille va épouser un français. Si on intègre à l’équation que le Roussillon et le nord de la Cerdagne ont été rattachés à la France en 1640, cela vous donne une idée de ce dont je veux parler. Identité forte donc, maintenue dans les mentalités par des traditions et un folklore séculaires. Le fait que l’un des emblèmes de la catalogne soit le "Burro Català" (l’Ane Catalan) ne doit pas non plus être étranger à l’affaire.
Tout d’abord une langue : le Catalan, parlé de manière parfaitement courante de part et d’autre des Pyrénées. D’ailleurs, les catalans entre eux, même dans la partie française, ne parlent que Catalan, et il est plus apprécié de parler anglais que Castillan dans la partie espagnole, vous serez moins pris pour un cake. Une danse ensuite : la Sardane, sorte de ronde, qui alterne homme et femme, dont le fonctionnement est hyper codifié, ne vous avisez pas d’entrer n’importe comment dans une sardane, ou vous vous ferez jeter comme un malpropre, j’en ai fait les frais, la femme devant toujours se trouver à droite de son partenaire de danse. Oui, mais c’est un cercle et il y a souvent plus de femmes que d’hommes. Oui, mais ne demande pas c’est catalan, c’est comme ça ! La sardane est accompagné par un ensemble instrumental, appelé la Cobla, composé d’une sorte de contrebasse appelée la Vera, de trompette et autres instruments à vent au nom barbare. Retenez seulement le flabiol, la petite flûte qui s’apparente au galoubet provençal, qui appelle les danseurs à former la ronde au début de chaque morceau. Ca à l’air très simple quand on les voit s’agiter au pied du Castillet un soir d’été, mais ça obéi à une science mathématique basé sur le nombre de mesure calculées par le « chef » (c’est comme partout, il en faut un), le rythme et l’intensité de la musique.
Pour danser la sardane, il faut porter des Vigatanes (prononcez Bigatanes), ce sont des espadrilles comme en porte toutes les pépettes un peu modeuses depuis ces 15 dernières années, originalement noires pour les hommes et rouges pour les femmes, munies de rubans qui se lassent sur la jambe. Tout le monde pense à tort qu’il s’agit d’un produit issu du Pays Basque, et bien non, sans les rubans, il s’agit d’une espadrille, est c’est une fabication basque, avec les rubans, il s’agit d’une vigatane et c’est catalan, il n’y a pas de mais, les derniers qui ont voulu contredire ce postulat votent, maintenant, à titre posthume !
La gastronomie est aussi un des ferments de cette cohésion : c’est un art de vivre. Je vous passe au débotté la panoplie assez impressionnante de spécialités charcutières qui sont devenus des standards de supermarché aujourd’hui, alors que je n’en mangeais que là-bas lorsque j’étais petite, mais aussi l’anchoïade de Collioure, les Boles de Picolat, le Pa de Fetge, les Bunyettes et autres Bras de Gitans, pour m’attarder sur une spécialité toute catalane et bien particulière, la cargolade. La cargolade, c’est le plat catalan par excellence et le secret réside dans la préparation de l’assaisonnement fait à base de sel et de piments qui est jalousement gardé par chaque famille. Je vous brosse le tableau : vous prenez des escargots, des petits gris, vous les faites jeûner pendant 15 jours avec des feuilles de lauriers sauce et du thym (évitez les branches de lauriers fleurs, c’est comme cela que les espagnols ont empoisonné l’armé napoléonienne). Le matin de la cargolade, après avoir gratté les gentils gastéropodes avec un couteau, vous mettez une pincée de votre préparation dans chacun d’eux et vous les déposez sur une grille ronde spéciale que vous ne verrez qu’en catalogne. Là, normalement le vaillant gastéropode doit commencer à saliver jaune, c’est normal. Au préalable, vous aurez eu soin de préparer une aïoli (mayonnaise dont la moutarde est remplacée par une ou deux, pour les furieux, gousses d’ail), déposez votre grille sur les braises d’un feu fait aux sarments de vigne, sinon vous êtes disqualifiés, et au bout de 10 à 12 minutes, vous retirez les escargots du feu. Là où le truc devient un peu technique, c’est que si tu n’aimes ni l’ail, ni les escargots (ce n’est pas mon cas), tu as tout de même intérêt à en manger, sinon le reste de ta journée risque d’être compliqué à gérer pour ton odorat. Voici le moment tant attendu de la dégustation : sur une bonne tranche de pain, tu tartines ton aïoli, puis, tu déposes les escargots cuits dans leur bave que tu auras préalablement débarrassé de leur coquille, et tu te lances. Alors, oui, je vous l’accorde, illustré de cette manière ce n’est pas particulièrement glamour, en même temps, je n’ai jamais dit que c’était de la world food pour tapettes, et c’est vraiment convivial et bon. Surtout, lorsque tu arroses cela d’un petit corbières ou d’un côte du Roussillon au puru.
Qu’est-ce que c’est que ce truc encore ? Le Puru est une sorte de bouteille en verre (autrefois en terre), comme une carafe à décanter mais munie d’un bec. Il permet à tous les convives de boire à la régalade, c’est-à-dire sans verre, directement sous le bec verseur. Exercice périlleux, s’il en est, qui peut vite se transformer si on ne régule pas bien le débit en une expérience proche de l’éjaculation faciale (enfin, d’après ce que les amateurs de COHF m’ont racontés, moi j’y connais rien). Toujours est-il que le vin est un élément important dans le Roussillon, et oui, il y a beaucoup de vignes, et depuis 30 ans maintenant, fort heureusement, les vignerons catalans ont appris à faire du vrai bon vin (non, parce qu’il faut être honnête, avant c’était du gros rouge qui tâchait), ce qui est une excellente chose pour l’amatrice que je suis. Il y a aussi quelques particularités d’appellation (qui ressemble à du vin cuit mais qui n’est pas du vin cuit, malheureux, que viens-tu d’insinuer !!!) comme le Banyuls et le Rivesaltes (à ne pas confondre avec le muscat de Rivesaltes qui est blanc et qui, personnellement, me vrille la tête).
Les catalans sont des gens fiers, je l’ai déjà évoqué, fiers parce qu’ils ont une histoire riche et longue ponctuée de magnifiques vestiges que l’on peut encore admirer et qu’ils entretiennent au même titre que leur mémoire collective et leur culture. C’est un peuple commerçant, navigateur, poète qui a toujours su s’adapter sans perdre son identité, ni la revendiquer de manière outrancière. J’aimerai bien, après ce petit préambule, vous faire encore découvrir et partager ces lieux, cette culture et ces gens qui font parti de moi bien plus que je ne pourrais l’exprimer. J’espère vous avoir donné un peu envie d’aller y regarder de plus près : « la découverte d’un mets nouveau fait plus pour le genre humain que la découverte d’une étoile. » Anthelme Brillat-Savarin.
Exposition : "Une image peut en cacher une autre" d’Arcimbalo à Dali au Grand Palais du 6 avril au 6 juillet 2009.
Vos commentaires
Exposition : "Une image peut en cacher une autre" d’Arcimbalo à Dali au Grand Palais du 6 avril au 6 juillet 2009.
Effectivement, chez les catalans, on comprend Arcimbalo (ou ballot, ex : individu dont on dit qu’il est "ballot") !
Chez les gens normaux, on dit Arcimboldo (Giuseppe -pas Verdi- pour les intimes) !!!
Heureusement qu’ils sont fiers de leurs culture ! Enfin, c’est pas grave.
J’ai fait ça moi ? Ah ouais !!! Quand même !!! C’est malin de me l’avoir fait remarquer, je vais devoir aller me punir maintenant. Enfin, j’imagine que c’était l’essentiel de l’article !
Merci pour ce subtil remontage de bretelles.