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Les Portes du Ciel

« La vie est un passage, le monde une salle de spectacle. On entre, on regarde, on sort. » Démocrite

dimanche 26 juillet 2009, par Gayo

Lorsque j’étais petite, je n’étais pas grande… que le lecteur se rassure, ça n’a pas beaucoup changé, mais surtout j’alimentais mon imaginaire de manière effréné. Les enfants de mon âge étaient plutôt branchés princes, princesses, chevaliers, dragons et Goldorak, et moi, c’était tout cela, plus elfes, fées, farfadets, Capitaine Flam et… Popol Vuh. Et puis, à 11 ans, j’ai eu un immense coup de foudre, sans doute accentué par la passion communicative de mon prof d’histoire de l’époque, une vieille dame, que j’aurais très bien vu dans un casting pour Miss Marple, qui répondait au doux nom de Madame Rocher (paix à son âme), et la profusion d’information dû à la vulgarisation excessive du sujet : L’Egypte Ancienne.

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En vérité, ce qui me surprends encore maintenant, c’est que j’ai toujours ce regard fasciné de petite fille sur cette civilisation et que je ne cherche pas plus à approfondir certains aspects de ma connaissance globale car je sais que je perdrais aussi cet imaginaire formidable où dieux et hommes se mêlent et se rejoignent. Le caractère intéressant de cette civilisation étant que la plus grande partie de la connaissance que nous en possédons nous est légué par ses rites mortuaires. Les monuments qui nous restent d’eux sont des tombes, et les coutumes qui accompagnent cette vision de la vie éternelle, nous renseignent sur leur vie quotidienne, leur philosophie, leur vision du monde. Notre civilisation européenne occidentale, sous des dehors d’espérance en la vie éternelle, craint la mort : elle tente de l’oublier par l’apologie d’un jeunisme trop futile, la farde, la masque, la cache. Nos cimetières sont relégués aux périphéries des villes et il ne faut surtout pas parler de la vieillesse, ni de la mort. Bon, je sais que Pâques vient de se terminer, que Alléluia, Jésus est ressuscité et avec lui l’espérance de la vie éternelle, tout ça, tout ça…, mais dans la réalité du monde de la vie vraie, ben, on n’en parle jamais de la mort. Ben, oui, au cas où ça nous porterait la poisse et puis « il ne faut pas penser à ces choses-là ». Et si justement, on y pensait ? Pas comme une volonté de se mettre en cercle et d’avaler la petite pilule du bonheur extatique qui nous permettra de ne faire qu’un avec le grand Cosmos, ni pour penser à signer la convention obsèques de Norwich Union, ni pour arborer un look gothique si seyant aux teints pâles, non. Mais comme d’une réalité qu’il serait bon d’intégrer pour prendre toute la mesure de l’importance de ce cours laps de temps qui nous est donné.

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La mort n’est pas l’opposé de la vie, elle prolonge un état qui n’est pas la vie, elle est autre chose. Les Egyptiens de l’Antiquité l’avait bien compris et ne la voyait pas comme une ennemie, mais comme un passage obligé vers un ailleurs où notre vie continuerait autrement. La plupart des civilisations antiques d’ailleurs ont un culte des ancêtres avec cette grande conscience de n’être qu’un maillon de la chaîne intergénérationnelle qui les unit à un aspect divin. Les portes du ciel, en Egypte Antique, désignaient, les portes qui fermaient le naos (petit temple) qui abritait la représentation du dieu. Leur ouverture mettait en contact le monde humain au monde divin permettant une régénération d’un monde vers l’autre. Cette exposition ne met pas en scène beaucoup d’objets provenant des autres collections d’Antiquités Egyptiennes, mais elle permet d’acquérir un éclairage nouveau sur ces derniers qui sont un peu noyés au premier étage de l’aile Sully et de mieux appréhender la philosophie égyptienne. Ce nouvel angle m’a ainsi permis de mieux comprendre comment le culte d’Aton, qui est l’intuition de la première religion monothéiste, ait pu s’intégrer de manière si évidente dans cette culture polythéiste.

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Le culte de la mort et des morts, la préparation, l’embaumement, les rites funéraires sont autant de pièces qui aident à comprendre la vie et servent à combattre sa vanité. Je ne sais pas si tout ceci permet véritablement d’accéder au Champs d’Ialou, mais je sais que pendant un instant, je me suis presque sentie faisant partie intégrante de cet univers. Tous ces personnages qui ont laissé une preuve iconographique de leur existence ont en quelque sorte vaincu la mort, en tout cas la chose qui me semble bien plus redoutable que la mort elle-même : l’oubli. Youyou et son épouse Tiy, la dame de Tapéret, Imenhétep, Pypya et bien d’autres ont réussi ce tour de force de vaincre la mort et l’oubli pour venir nous parler, à nous, détenteurs de la pensé matérialiste et suffisante de l’occident contemporain, de leur éternité.

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En rentrant, j’en ai profité pour refaire un tour rapide dans les salle égyptiennes du Louvre, je voulais surtout aller retrouver les vestiges du visage de la statue d’Akhenaton dont j’admire la brutale beauté et le réalisme ainsi que le petit pendentif en lapis-lazuli qui représente une sorte de Sainte trinité égyptienne : Isis, Horus et Osiris. Je suis toujours navrée pour Akenathon : la beauté abrupt de son visage, son dépouillement et sa vérité contrastent toujours autant avec la pièce d’apparat parfaitement dégueulante de Rococo dans laquelle on lui rend un dernier hommage. Tout ceci est tellement éloigné de sa nature et de son tempérament.

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Chemin faisant, je me suis retrouvée devant la Victoire de Samothrace, cette représentation d’Athéna avec des ailes (Athéna est ma déesse préférée, je me demande pourquoi ?…), et je me suis souvenue de cette petite histoire que Madame Rocher nous avait raconté à son sujet : les grecs lui avaient brisée les ailes pour qu’elle ne s’envole plus et reste à jamais avec eux. Ah, la vanité des hommes ! Croire que l’on peut empêcher la victoire de s’échapper en lui ôtant ce qui fait sa nature même. La victoire ne s’emprisonne pas, elle se donne à celui qui emploie tous les moyens pour la prendre, celui qui va la chercher, celui qui va la ravir, pas celui qui la retient de force et la dénature pour en obtenir ses faveurs… J’avais oublié la puissance de cette statue, sa beauté, sa sensualité sauvage, sa perfection dans le réalisme, et j’ai compris pourquoi les grecs l’avaient amputée : certaines personnes ne peuvent admettre la réalité. La vérité les effraie car elle les confronte à leur propre essence et leur couardise souvent. Alors, il est préférable de couper les ailes des êtres qu’on ne peut dominer pour se les approprier, comme de nier l’existence de la mort pour ne pas voir sa propre fin et son propre non-sens…

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Bergson disait que « l’être vivant est un lieu de passage, et l’essentiel de la vie tient dans le mouvement qui la transmet ». En dehors de la lecture grivoise que l’on pourrait aisément faire de cette phrase, il y a cette notion de se dire que nous sommes nous même des portes, des portes pour nous-mêmes, des portes pour les autres. Nous sommes la clé de notre propre spiritualité et de notre propre pérennité : le sanctuaire de notre âme et l’outil de notre éternité.

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Voir en ligne : Louvre : Les portes du Ciel

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