Accueil du site > Sortir

Pop Life

Art in a Material World

jeudi 5 novembre 2009, par Gayo

Lorsque je vais chez le coiffeur, oui, ça m’arrive quand j’ai l’insoutenable impression d’avoir une serpillière sur la tête, et ce n’est pas André, mon artiste capilliculteur personnel, qui me contredira, j’arrive toujours avec une tonne de trucs sous le bras. Ben oui, Rome ne s’est pas faite en un jour, et en l’occurrence, il faut un peu de travail pour faire ressortir ma brillante personnalité jusqu’au bout de mes pointes, c’est sans doute à peine croyable pour vous, mais avoir l’air d’une folle échevelée, ça demande beaucoup de boulot. Je sais donc que je vais devoir rester longtemps, très longtemps, trop longtemps à mon goût en tout cas, dans cet antre sacré de la beauté… D’où préparation intensive avant mon départ : journaux, bouquins, agenda, musique, tout ce que je n’ai pas encore eu le loisir de décrypter est bon pour éviter de fourrer mon nez dans l’incontournable littérature du lieu, parce que vraiment, je me fous de savoir qui saute Claire Chazal en ce moment…

JPEG - 1.1 Mo

En septembre, donc, mon Connaissance des Arts, mon agenda, mon iPod et votre humble servante sommes allés rendre visite à André qui nous avait gentiment rappelé par mail que nous ne l’avions pas honoré de notre présence depuis un long moment… Assise dans un confortable fauteuil en cuir, la tête cellophanée qui me fait ressembler à une lointaine cousine de Predator, musique dans les oreilles, agenda ouvert prêt à noter les expos que j’ai envie d’arpenter, j’entame la lecture de mon magazine avec sérénité. Et là, patatras, dans les pages "Expositions – Grande-Bretagne", que je lis avec soin parce que j’ai du temps, je tombe sur un encart qui me fait passer de l’état de sérénité zen à celui empreint d’une mélancolie inexplicable : Pop Life, Art in a material world. Tate Modern du 1er octobre 2009 au 17 janvier 2010.

JPEG - 108.3 ko

Ben, Kesski t’arrive ma grande ? J’sais pas. Ou plutôt si, je sais. Cette exposition a beau être l’expression de tout ce que je combat dans ce système triparti qui donnerait une forme de pensée unique garante du "bon goût" dans l’Art Contemporain, elle est surtout la première à tenter de montrer une filiation depuis Warhol avec ces artistes qui utilisent l’Art comme un business, exploitant le mass média comme support même de leur œuvre, traversant la frontière vers le commercial et la distribution de masse, bien loin de la conception de l’artiste maudit et de l’oeuvre traitée comme chef-d’œuvre unique. Que j’aime ou que je n’aime pas tous les protagonistes, que cette exposition sacre la collection du Palazzo Grassi, ce n’était pas vraiment le propos. L’important est de savoir qu’il y a toujours dans l’histoire de l’art des expositions ou des rétrospectives qui sacralisent un courant ou lui donnent une orientation (Pour exemple, "Impression soleil Levant" de Monet baptisa le mouvement Impressionniste en 1874 lors d’une exposition chez Nadar qui regroupait la plupart des participants au Salon des Refusés en 1963 qui s’étaient constitués sous le nom de Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs). Bref, c’était « the place to be », pas grand-chose ne m’avait autant excité depuis un petit moment. Ne me demandez pas de vous expliquer mes contradictions, vous risqueriez d’en perdre le peu de raison qu’il vous reste. J’avais une envie folle d’y aller, et puis, et puis… Et puis, rien. Je ne voyais pas comment j’aurai pu m’y rendre dans le contexte qui était le mien, et cela me déprimait.

J’ai tenté de passer à autre chose, mais il n’y avait rien à faire, l’idée insidieusement faisait son chemin. En plus Londres, une ville qui ponctue toujours les étapes importantes de ma vie, un endroit que j’affectionne particulièrement. Non, décidemment, ce n’était pas possible. Alors, un matin, j’ai franchi le Rubicon, non seulement j’allais me faire ce petit plaisir, mais en plus j’allais emmener mes enfants leur faire découvrir un de mes endroits préférés en leur ouvrant de nouvelles perspectives de vies. Les voyages forment la jeunesse, c’était le moment de le vérifier.

JPEG - 28.5 ko

Dociles, se demandant ce que leur folle de mère avait encore bien pu inventer, ils m’ont suivi sans trop poser de questions jusqu’à l’entrée de l’exposition. Là, première remarque inquiète de ma fille qui voyait les salles s’enfiler les unes derrière les autres : « si on se perd, on se retrouve où ? ». Toi, je ne sais pas qui est ta mère, mais elle t’a bien éduquée. Je balaye la pièce du regard, le Lapin de Koons me renvoit mon image, un portrait de Warhol, façon Warhol m’observe(nt) et une jeune fille aux cheveux bleus, grandeur nature à la poitrine débordante, sortie de l’imaginaire de Murakami, se prend pour la voie lactée dans mon dos. « On a qu’à se retrouver devant la dame qui n’a pas de culotte » suggère mon fils. J’éclate de rire, « C’est une bonne idée mon chéri », « Dis maman, elle n’aurait pas des seins plus gros que les tiens, la dame ? », « Si, c’est possible, mais, elle, elle n’existe pas ». Je sens que cette visite va être très instructive.

Et de fait, il ne faut pas y aller avec un œil critique, il faut se laisser emporter par l’humour, le clinquant, le bling-bling et le décalé. Ca fait du bien d’être superficiel de temps à autre : « Etre une heure, une heure seulement, être une heure, une heure quelquefois, être heure rien qu’une heure durant beau, beau, beau et con à la fois ! »

Alors, dans le désordre et sans préférence : La reconstitution de la Pop Shop de Keith Haring (1986) ; Les Gems de Warhol (1979) ; les jumeaux monozygotes de Hirst qui se baladent un peu dans l’expo parce que faire le plancton sous les pastilles multicolores et être reluqués comme des bêtes de foire, ça va un temps, le fameux veau d’or dont j’avais déjà parlé, les deux vitrines en or remplies de diamants toujours de Hirst ; le mur de photos de tous les acteurs ayant porté un costume de nazis au cinéma de Uklanski (1998) ; The Shop de Tracey Emin et SarahLucas (1993) qui est une pièce toute dorée, toute en sobriété quoi, avec l’Installation de Pruitt Early (1992) à l’intérieur ; quelques œuvres de Warhol en collaboration avec d’autres artistes tel que Basquiat. La salle Murakami vraiment très rigolote car forcément elle parle beaucoup à l’enfant qui dort encore en vous et pas qu’à ceux que vous surveillez du coin de l’œil, se dandinant sur le clip Akihabara Majokko Princess qui met en scène Kirsten Dunst en poupée manga acidulée et les productions de Kaikai kiki. J’émets quelques réserves sur le cheval mort de Cattelan qui est planté d’un écriteau marqué « INRI », j’imagine que cela se veut provocateur, et ça n’a vraiment suscité que l’indifférence des passants…

JPEG - 28.8 ko

L’exposition contient 3 salles qui sont interdites au moins de 18 ans, et pour cause… Dans l’une d’elle est enfermée la série de mon pote Jeff (Koons), qu’il a intitulé « Made in Heaven », qui présente à peu près sous toutes les formes imaginables les ébats de l’artiste avec sa femme de l’époque, personnage politique majeur dans son pays, l’élégante et très distinguée Illona Staller (aka La Cicciolina pour les intimes et/ou amateurs). J’ai été prise d’un fou rire intérieur en repensant à la polémique que ce brave garçon avait soulevée à Versailles avec sa rétrospective plutôt soft fun dans les salons de ce sanctuaire de l’age d’or français, à n’en point douter quelques serre-têtes en velours en auraient perdu leur stérilet.

Je suis tout de même sortie dubitative de ce lieu, je sais bien qu’il est d’usage de dire qu’il n’y a pas de sots métiers. Pourtant, si un palmarès du genre existait je pense que celui de gardien de cette salle serait sans aucun doute au top ten de la série. L’homme avait placé son poste d’observation devant une photographie de 230 x 150, intitulée "Ilona’s Asshole" (les anglophiles apprécieront). Personnellement, il m’est arrivé de fréquenter des trous du cul, de bosser pour des trous du cul, j’en possède un moi-même, mais gardien de trou duc,... Ca laisse songeuse…

JPEG - 78.6 ko

Plus je me promenais dans les salles, plus un sentiment étrange s’emparait de moi. J’ai ressenti comme une présence, quelque chose de familier qui s’instillait, une image subliminale qui s’imposait petit à petit à moi : une grande moustache aux pointes relevées surmonté d’un œil tout rond et goguenard… Dali. Tous les idées conceptuelles qu’ont explorées et développées ces artistes au fil des années avaient été émises ou inaugurées par ce génial Catalan. Ce dernier avait répondu à un journaliste qui lui demandait son secret pour avoir autant de succès : « Offrir du bon miel à la bonne mouche, au bon moment et au bon endroit ».

JPEG - 20.2 ko

L’art offre une réflexion quadridimensionnelle sur l’époque qu’elle illustre. Ce courant hyper matérialiste, clinquant et décalé qui joue sur le futile, l’apparence et la représentation est symptomatique d’une époque et des révolutions industrielles et techniques qui la caractérisent. C’est le reflet de notre temps.

Et si vous n’allez pas voir cette exposition car vous pensez que cette exposition peut se passer de votre présence, ce n’est pas bien grave, Warhol avait déjà une réponse toute faite qui s’applique à vous : « L’attraction la plus excitante se trouve entre deux opposés qui ne se rencontrent jamais ».

JPEG - 29.8 ko
JPEG - 21.2 ko

P.-S.

Pop Life. Art in a Material World. Tate Modern

Ouvert du dimanche au jeudi de 10h00 à 18h00 et du vendredi au samedi de 10h00 à 22h00. Tarif adulte : £12,50.


Vos commentaires

  • Le 13 novembre 2009 à 18:40, par ?

    Tout simplement ; BRAVO !! Superbement racontée, l’expo ! As

  • Le 15 novembre 2009 à 19:50, par Gayo

    La poisse, le message doit nécessairemet contenir au moins 10 caractères, alors que je voulais simplement dire : Merci !

Répondre à cet article