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Osons parler de la vertu !

mercredi 25 novembre 2009, par Gayo

Je me dois de rendre à César ce qui est à César, et donc à Fouqs, ce qui est à Fouqs. Sa dernière intervention a illustré de manière flagrante une réflexion autour de laquelle je ne cesse de rôder et qui plus profondément me ramène aux idées fondamentales qui régissent notre société matérialiste, tournée vers la rentabilité et carriériste en perte de sens et de dogmes. Mon rédac. chef préféré aimerait que le Bon Dieu lui rende le pêché, moi j’aimerais que mes contemporains aient un peu d’audace et s’interrogent sur le sens de la vertu.

Bon, je vois déjà le collège de railleurs se rassembler pour me fustiger, tant ce mot a perdu son sens étymologique pour s’inscrire dans notre langage courant comme une notion “cucu” de la capacité à faire le bien. Pourtant, à l’origine, le mot vertu tiré du latin « virtus » qui lui-même tirait son sens du mot grec ανδρεια (andreia) désignait la qualité virile, le courage ou l’héroïsme à la guerre. Au fil du temps et selon l’évolution des sociétés, cette notion a dérivé de son sens premier pour revêtir plus communément toutes formes de bonnes conduites jusqu’à devenir ce mot désuet qui fait prêter à sourire les plus cyniques d’entre nous. Et de fait, l’héroïsme à la guerre ne fait plus parti de notre échelle de reconnaissance, nous lui préférons la paix, voir la rentabilité. Tout comme les vertus chrétiennes telles que l’obéissance et la chasteté ne sont plus à la mode. La vertu des femmes qui se refusent aussi. Peu à peu, cette notion a fait place à d’autres mots qui sont venus la remplacer comme « valeurs ». Cependant, ces dernières sont plus liées à un idéal politique et plus attachées à ce que nous devons poursuivre, et pas nécessairement ce que l’on atteint et nourrit en soi.

Problème de vocabulaire donc, mais plus préoccupant l’extension du matérialisme et de l’égalitarisme fait que nous avons du mal à accepter les règles morales venues du dehors et imposées.

Heureusement, il existe des gens effacés qui conservent ces élans spontanés de générosité et de courage. On voit aussi émerger de nouvelles formes de valeurs, telles que la solidarité ou la lutte contre la violence, qui viennent renouveler et enrichir le champ sémantique.

Ce qui nous manque, c’est cette discussion qui n’a pas cessée de hanter tous les auteurs grecs, s’interrogeant sur la définition, le sens de la vertu. Vertu entendue, alors sous un autre mot grec αρετη (aretè, l’excellence), comme un idéal de vie, un idéal autre que la réussite matérielle.

A quoi peut-on dignement sacrifier sa vie ?

Dès Homère, l’intérêt constant de la littérature grecque est de chercher l’universel et d’expliquer clairement ce qui nous pousse à agir selon un idéal. Les exemples de ceux qui manquent de vertu nous enseignant autant que ceux qui en font preuve. Le chemin des questionnements étant en cela plus important même que le but avoué : « La vertu est-elle innée ou naît-elle de la raison et de l’enseignement » (Thucydide), « la vertu peut-elle s’enseigner ? » (Socrate). Dans un discours d’oraison funèbre Périclès aurait définit le Régime Athénien non pas par ses institutions, mais par les vertus et les qualités morales poursuivies par l’ensemble des athéniens et où ils espèraient se distinguer : « nous aimons le beau dans sa simplicité, la tolérance [..] ». Autrement dit, il définit un peuple ce vers quoi il tend ! Le fond, pas la forme.

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La finalité de l’homme n’est pas la réussite matérielle immédiate, mais un bien situé ailleurs, au-delà, qui mérite des sacrifices et représente une forme de bonheur !

Moi aussi je fais un rêve, ou plutôt je formule un vœu, comme je suis gourmande je vais même en faire deux :

Pourrait-on recevoir une éducation qui serait accès, non pas sur la culture de la réussite prochaine et de la rentabilité (examens, profession, etc.), mais bien portée sur une réflexion autour de l’homme et de ses fins(/faims) ?

Et nos auteurs contemporains, pourraient-ils continuer le dialogue de leurs pères en ne se contentant pas d’énoncer l’idée mais bien d’analyser le phénomène. De ce débat ou de ces échos pourrait surgir un intérêt, une curiosité pour cette vertu. Peut-être serait-on, alors, fortement tentés de lever le regard vers quelque chose d’autre que la réussite matérielle, sans chercher à l’imposer du dehors mais en gardant l’espérance : un idéal moral, c’est la source du bonheur, la clé de l’épanouissement intérieur. Ce serait « la bonne pioche »…

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Vos commentaires

  • Le 6 avril à 21:10, par Villoria

    Grands mercis Gayo pour m’avoir donné l’envie d’ouvrir quelques portes.

    Osons la vertu morale pour réaliser l’excellence qui est la fonction de la nature de l’homme et lui confère son équilibre. N’oublions pas que la vertu s’exerce sinon elle reste un concept charmant dans une conversation.

    Ce sont les vertus morales qui font qu’un homme semble plus humain qu’un autre ou plus excellent selon Montaigne.

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