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jeudi 19 février 2009, par
Quels sont les critères qui font la différence entre un bon film et un film d’exception ? Peut-être qu’un bon film est un film distrayant, crédible, un film d’une construction étonnante... Que sais-je, après un bon film, on se dit que c’était un bon film. Après un film d’exception, on ne dit rien, à personne, on est encore "dedans" et ça dure un bon quart d’heure avant que l’on parvienne à se secouer. Warriors fait partie de la seconde catégorie.
En 1992, les Nations-unies décident d’intervenir en Bosnie. Le Royaume-Uni, entres autres, engage plusieurs unités dont un bataillon (800 hommes) d’infanterie mécanisé. Ce type d’unité est équipé de véhicules de combat d’infanterie de type Warrior. L’histoire de cette mission, de ce mandat de 6 mois en Bosnie est le sujet de film, quasi-documentaire.
Il est difficile de raconter ce qui est le quotidien de soldats en mission extérieure. La plupart des cinéastes se plantent quand il veulent raconter ce que vivent les soldats. Ils leur prêtent des intentions, ils les mettent en scène. Généralement, ils font du spectacle à partir de leur vision fantasmée du métier militaire et peu de films de guerre savent raconter ou comprendre ce qui se passe au sein d’une compagnie de soldats, soit 150 hommes. Warriors raconte plus ou moins l’histoire de 150 hommes convaincus qu’ils vont faire leur métier de soldat.

Soldat de la paix et soldat, ce n’est pas tout à fait la même chose. Un soldat s’engage, s’entraine pour être capable de combattre. Faire ce que les autres n’ont pas appris à faire dans des circonstances difficiles. Les confrontations entre humanitaires, interprètes, fonctionnaires des Nations-unies et les populations, les belligérants et les soldats chargés de les séparer sont au coeur du film.
Comment ce film a-t-il été réalisé ? Je ne sais pas. Il est très, très fort. C’est un film vrai qui fait l’effet d’une dégelée de coups au moral. Essayer de vous montrer que les gens souffrent, comment ça se passe... Vous montrer les doutes, les questions et les colères de soldats réduits à l’impuissance était une gageure cinématographique.
Les casques bleus pendant 3 ou 4 ans ont subis les humiliations que raconte ce film. Il y a peu de choses pénibles à porter comme l’humiliation, ça ne se raconte pas. On rentre de mission, il y a ces images, ces souvenirs... L’ambiance du film, le stress ressenti... Tout cela est d’une vérité et d’une simplicité terribles.
Le film est articulé en trois parties, avant la mission, la mission et cette période très particulière du retour. Ce n’est pas un film pour tous publics, c’est un chef d’oeuvre, le témoignage d’une période, d’une guerre et des contraintes auxquelles les casques bleus sont confrontés.
Vos commentaires
Pour avoir un peu vécue la situation en 1993 et disposer de cet excellent film dans ma DVDthèque je me range à l’avis de notre rédac chef, s’il mérite d’ailleurs ce titre, tant il nous laisse libre de dire ce que bon nous semble.
Je ne suis pas sur cependant que ce film parle à tous et toutes de la même façons mais cela vaut la peine d’essayer.
Combien je suis d’accord avec cette définition du film d’exception : celui qui te secoue à tel point qu’il faut de nombreuses minutes, voire quelques heures avant que ton cerveau ne revienne à la réalité.
D’ailleurs je ne sais pas si Warrior me mettra dans cet état mais celà fait un bail que je n’ai vécu ce genre de petite merveille d’expérience...
Aussi loin que je me souvienne le dernier était "je ne suis pas là pour être aimé" et celui d’avant "Mulholland Drive" et donc je suis ouverte à toute autre suggestion un peu plus récente...
Totalement d’accord avec la définition d’un chef d’oeuvre. Ne dit-on pas que le silence qui suit du Mozart est encore du Mozart ?
Pour ce qui est du film en lui-meme, je trouve qu’il montre bien les dilemnes que l’on rencontre dans ce genre de mission. Je ne suis pas sur que tous comprennent, car il faut connaitre la motivation des soldats au moment où ils s’engagent et c’est plutot éloigné des motivations de nos contemporains.
C’est un peu étrange et provoquant de dire que ce qu’on recherche dans la vie, c’est la première demi-heure du "Soldat Ryan".... meme si c’est vraiment pour ça qu’on est là.
ancien légionnaire, pris en otage en yougoslavie, c’est le film qui me fait pleurer car il vise droit au but......