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Le héros post-moderne et le salaud universel
lundi 27 octobre 2008, par
Le mythe de l’instinct de mort n’est que cette vieille fascination que l’homme a pour le mal. MESRINE ne fait pas exception. De ce point de vue, le film de RICHET est remarquable. Si vous pensez encore que MESRINE est un héros post-moderne, interrogez-vous sur vos propres valeurs. Vous ne pourrez plus jamais dire qu’on vous a trompé.
Un peu au hasard, un peu par défaut, je rentre dans une salle obscure mercredi dernier en me rangeant dans la plus longue file d’attente. Je finis par lever la tête vers l’affiche : RICHET-MESRINE-CASSEL. Je n’ai aucune sympathie pour MESRINE, tenant plus à mes yeux d’un robert-du-vice que de Robin-des-Bois. Mais j’aime les films noirs. Cassel à l’affiche, c’est du lourd, du sûr, une référence dans les personnages de salauds. Je me souviens encore de son interprétation dans les promesses de l’ombre. Je passe outre ma défiance instinctive, prend un siège et ouvre grand les yeux. J’assiste à deux heures de cruauté insouciante, des débuts dans la pègre à la fin de l’exil québecois de l’ennemi public numéro un. Dans ce premier volet, on voit Jacques MESRINE devenir une légende du crime. Le film reste objectif : les salauds, les racistes, les proxénètes, les braqueurs, les taulards montrent leurs visages de prédateurs.
Les actions courageuses, les prouesses spectaculaires s’entremêlent aux scènes où la psychopathie des personnages ressurgit. On tremble, on admire et on s’identifie. Puis la réalité des faits vous rattrape. L’impression de s’être laissé berner suscite la perplexité. MESRINE peut être d’emblée perçu comme loyal, déterminé et brave. C’est le masque qu’il a vendu à une époque où l’individu pouvait défier la société au-delà de l’insupportable. Vous n’aurez pourtant l’expérience d’aucun panache à la vue des séquences les plus crues : exécutions sommaires ou violence sur des êtres faibles. Vincent CASSEL incarne à merveille les nombreuses facettes d’un homme froid et profondément asocial. Le rapprochement avec le Tony MONTANA d’Al PACINO est immédiat, confondant, et étourdissant.
RICHET signe une excellente réalisation, rythmée et hyperréaliste. Sans parti pris sur la « légende », il rend bien une forme de fatalité qui guide MESRINE, victime ou expression d’un système plus violent que lui : la guerre d’Algérie, les QHS canadiens, les barbouzes. Il sait aussi en faire un être profondément écœurant. MESRINE reste avant tout un tueur, fascinant comme tous les bourreaux.
Le mythe de l’instinct de mort n’est que cette vieille fascination que l’homme a pour le mal. MESRINE ne fait pas exception. De ce point de vue, le film de RICHET est remarquable. Si vous pensez encore que MESRINE est un héros post-moderne, interrogez-vous sur vos propres valeurs. Vous ne pourrez plus jamais dire qu’on vous a trompé.