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Dans ses yeux

Il faut toujours aller au cinéma avec une fille...

vendredi 7 mai 2010, par GB

Je ne dis pas ça par hasard, mais il faudrait toujours aller au cinéma avec une fille... Et pas que pour le plaisir de sa compagnie ou de sa conversation, non. Pour aller voir des films que l’on irait pas voir si elles n’étaient pas là. Hier soir par exemple, j’avais le choix entre Iron man 2 et dans ses yeux. Tout seul comme un grand, qu’est ce que j’aurais fait...

Et sans faire une réelle connerie, je serai passé à coté d’un très, très joli film. Intelligent, remarquablement filmé, une photographie à couper le souffle, deux ou trois histoires dont les fils s’emmêlent, des personnages riches, justes, forts, chiants... Oui chiants, j’insiste, parce que d’une humanité faite d’envies, de peurs, de lâchetés, de gestes sublimes aussi.

Et tout ceci, filmé à la perfection par un metteur en scène, réalisateur qui est aussi le monteur. Juan José Campanella (l’homme dont au sujet que je cause) fait ici un travail exceptionnel, ses coupures, changements de rythme, séquences de flashback sont à tomber part terre. Le film qu’il nous livre a la beauté retenue, profonde de son actrice, Soledad Villamil. Cette jeune femme est... Intense, d’une présence énorme et gagne en densité (encore) au fil du film. Face à elle, Ricardo Darin est lui aussi étonnant, d’envie, de volonté simple, appliquée, d’obstination dans son enquête, dans sa quête.

Soledad Villamil et Ricardo Darin

Pour obtenir le meilleur du jeu des acteurs, encore faut-il le leur demander, encore faut-il les pousser dans leurs retranchements, placer leurs personnages sous tension, les jeter dans un maelstrom d’émotions, de peurs, d’envies.

Ici où là, j’ai jeté un oeil aux critiques, dont les moins enthousiastes signalent le classicisme général du film. Sinistres commentaires de critiques blasés que voilà. Je ne suis pas sur de comprendre ce qu’ils cherchent à me dire. Que le film offre un spectacle impeccable de ce que les hommes et les femmes peuvent accomplir dans des circonstances exceptionnelles ?

Je ne vois pas le problème, il est des centaines de films imbéciles qui nous servent, nous re-servent ad nauseam les mêmes grosses ficelles, les mêmes vannes éculées. Qui nous arrachent à peine un sourire mécanique, un pourquoi pas un peu désabusé. Et nous en ressortons avec le sentiment agacé de nous être fait avoir par un produit marketé, au plus juste, destiné à faire ses entrées mais pas une de plus.

Une certaine idée de l’humanité habite en revanche le film de Juan José Campanella. Une idée plutôt jolie, qui nous dit qu’au fond des individus, il peut y avoir un infect petit tas de merde, des émotions puissantes, de la passion aussi, qui peut les animer, les agiter en dépit de la vanité, de la difficulté de l’existence.

Encore faut-il avoir l’envie, la patience, l’art nécessaire pour accoucher de cette humanité, la révéler sans effets, la développer au rythme lent d’un film prenant et extrêmement attachant.

Donc, je n’ai rien vu de mieux en 2010, le film mérite son oscar 2010 du meilleur film étranger sans aucun doute et arrêtez de lire ce papier pour filer le voir, invitez donc quelqu’un à vous accompagner pour profiter du silence dans lequel vous quitterez la salle.


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