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Le cinema d’Eugène Green

mercredi 25 novembre 2009, par GB

J’eusse aimé, cet article, que quelqu’un d’autre l’écrive. C’est une douce folie, une folle poésie, une très jolie construction de l’esprit, un monde dans le monde, c’est ailleurs et c’est cet univers d’Eugène Green dont je viens vous entretenir ce soir. Je dis ce soir, car c’est bel et bien la nuit qu’il fait le meilleur écrire. Eugène a plus ou moins répudié les Etats-unis.

Il y est né et puis, il en est parti, pour Paris, pour le verbe, la langue française, la musique baroque, toutes petites choses de si peu d’importance, que nous les ignorons le plus souvent. Il y fait du théâtre, écrit et met en scène quelques films dont le dernier doit être encore à l’écran.

J’eusse aimé qu’un autre écrive cet article, car je l’avoue, ce n’est pas mon univers que celui-là, mais comme il faut écrire cet article, apporter cette inutile contribution à un sujet différent. Je ne suis pas à l’aise, dès qu’il s’agit de poésie, j’ai l’impression de toucher à l’infime, l’intime, l’essentiel, je préfère l’ironie, la critique, l’on y est moins en danger de dérapage.

C’est une chose d’importance que la douceur, d’une puissance sans rapport avec la force. Deux univers, autres, étrangers que sais-je de cela, moi ? Eugène Green, nous ouvre ce monde "autre". Il fige le jeu de ses comédiens, il ne vise pas le réalisme, mais l’essence. Alors ses acteurs ne bougent pas beaucoup, ils ne s’agitent pas beaucoup mais avec une diction étonnante, forcée semble-t-il et pourtant…

J’ai souri, longtemps avant de me laisser prendre à la petite musique de Green. J’avais un peu envie de hurler, mais le ton étonnamment léger, les pointes d’humour irrésistible m’ont convaincus peu à peu de suivre et l’histoire et cette petite musique déjantée.

Mais une folie poétique qui touche au sublime est-elle accessible, compréhensible ? Se raconte-t-elle ? Le film s’appelle "Le pont des arts", c’est inclassable et unique. A un rythme lent, les textes ciselés de Green tombent goutte à goutte, comme dans un supplice chinois, un interrogatoire qui nous propulse au fond de nous même. Le voyage est intérieur, curieux, étonnant, dérangeant mais jamais intrusif.

Tout cela est d’une drôle de délicatesse. Nous n’avons pas l’habitude d’être ainsi sollicités, l’auteur nous appelle en nous même. C’est très curieux, il joue du verbe, lui donne toute sa force, avec une forme de nonchalance un peu déconcertante.

Il est juste bon de savoir qu’Eugène Green existe, le monde est plus riche quand un hurluberlu poète en fait partie. Si on ne m’avait proposé de le regarder, je n’eusse pas découvert ce film, je n’eusse pas lu non plus son roman "La Reconstruction", qui est lui aussi des plus étonnants, des plus riches. Comme certaines recettes et autres bonnes choses, il faut du temps, pour les penser, les faire, les apprécier.


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