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samedi 1er novembre 2008, par
Nous en avons eu des jours sous le ciel gris du Congo, sous la plus vilaine lumière du monde, blanche et froide. Le bon Dieu devait quand même être là, pas très loin pour nous offrir une belle série d’images. Nous ne sommes jamais vraiment responsables des bonnes choses et nous oublions d’être reconnaissants. C’est une erreur. Mais ça ne veut pas dire qu’on ne va pas essayer de faire mieux demain.
Il reste des souvenirs, des photos, des visages et des histoires. Nous vivons une époque moderne sans doute, voici ce que l’on peut faire avec un peu de technologie. Pour ne rien oublier, ne rien regretter.
Bien sûr que le Congo est loin, bien sûr... J’ai rarement vu d’aussi beaux enfants. Ce pays a de tant de ressources naturelles qu’il a été qualifié de scandale géologique. Et si le vrai scandale était dans le regard des enfants ? Ce regard qui sait que pour eux l’avenir n’est pas plus souriant que le présent. Il est grave ce regard qui nous dit notre impuissance, notre vanité.
Nous étions quelques casques bleus, venus pour une petite bonne action. Distribution de fournitures scolaires, d’uniformes pour aller à l’école. Le Congo est un pays en plein chaos, mais étonnamment les enfants portent un uniforme pour aller à l’école. Pantalon bleu ou jupe bleue et chemise blanche.
C’était vraiment une petite chose, ça ne valait pas la peine d’être raconté, une fois sur place, entouré d’une foule d’enfants, pris par les chants et les danses, une joie très passagère, un moment de grâce, nous a frappé. On ne sait pas toujours pourquoi on a choisi ce drôle de métier de soldat. En définitive, on ne change pas grand chose, on n’accomplit pas d’exploits. De temps en temps on a un peu de chance, on fait un petit quelque chose de bien. Ce soir là, j’ai trié mes photos et j’ai vu que j’avais eu de la chance. Que le peu que nous avions fait, nous avais valu ces regards incroyables.
Ici tout est infiniment plus dur, la vie vaut moins de dix dollars. Depuis six mois, des milliers de personnes sont mortes et il n’est pas exclure que personne n’en parle. Bien sûr tout est compliqué au Congo... Cela fait déjà quinze ans ... Ca ne passe plus à la télé, mais ici la mort est dans son pays... celui que Conrad appelait le coeur des ténèbres... Les mots sont plus jolis que les faits, qui eux sont têtus. Face à nous, nous voyons cette jeunesse magnifique qui s’avance, que nous croisons et qui n’a devant elle que quarante à cinquante ans d’espérance d’une vie qu’il ne fera pas bon avoir.