jeudi 3 décembre 2009, par
Drôle de question, qui le plus souvent vous vaut, au sein de la rédac du Journal inutile, un pourquoi pas ? Histoire de vous rappeler aux fondamentaux…
Mais, j’ai beau tourner l’affaire dans tous les sens, le président des Etats-Unis vient bien d’annoncer l’envoi de trente mille hommes supplémentaires en Afghanistan. Ils arriveront d’ici à la fin juin 2010 et devraient pouvoir quitter le pays à compter de fin 2011.
Soit près de 10 ans après l’arrivée des premières troupes occidentales. Ce nouveau volet de l’histoire de l’intervention en Afghanistan doit permettre de clore la mission de la Force internationale de sécurité (FIAS ou ISAF selon que vous vous piquiez ou non de causer en acronymes anglo-saxons ou pas). Et oui, parce qu’après quelques longues années de guerre, la lassitude gagne l’Occident.
Alors ce coup-ci, ça va être la bonne méthode, la stratégie de la win…euh de la victoire…non, ce n’est pas ça… C’est quoi déjà, l’idée ? Ah, oui, reconstruire l’état Afghan. Quelle bonne idée… Donc, l’OTAN et ses amis vont d’ici à deux ans faire ce qu’ils ont été incapables de faire en huit. La boulette, c’est peut être de s’être fixé un échéancier, parce que si dans deux ans, Barack Obama cherchera effectivement à quitter l’Afghanistan, pour en autres choses préparer sa réélection, je ne suis pas convaincu que les Afghans, talibans ou non, adoptent le même calendrier.
Cette annonce des délais d’engagement porte en elle des germes de fiasco. C’est peu dire en effet que de rappeler que l’histoire dure longtemps et que la plupart des peuples ne vivent pas à notre rythme. Et le temps dure autrement plus longtemps en Afrique où en Orient. Les réactions Afghanes à l’annonce du président américain expriment donc un léger doute sur la validité de cette conception de la poursuite de la « pacification ».
La question pourrait rester très théorique pour les Européens, pourtant… Pourtant, les pays de l’OTAN ont été priés de fournir à leur tour de nouveaux contingents de soldats. Il s ‘agirait en l’occurrence pour les Français de passer de 3750 hommes à plus de 5200 d’ici à peu de temps. Bien ou mal… Je vous laisse seuls juges.
Ce qui vaut d’être suivi avec attention, sera la décision de, oui ou non, augmenter le nombre de soldats français en Afghanistan. Participer à l’effort de guerre, pour des alliés, reste de bon aloi. Mais, aujourd’hui, l’Armée française a-t-elle les moyens d’engager davantage d’hommes et de moyens en Afghanistan ?
Si tous les pays « invités » à renforcer leurs contingents militaires, le volume de troupes atteindrait 110 000 hommes. Le chiffre ne vous dit rien… Tout n’est pas affaire de comparaison, mais pour mémoire, l’Armée soviétique au faîte de son déploiement dans ce pays y avait engagé le même nombre de soldats.
La suite de l’histoire ? Elle est écrite dans les livres, en 1989, après 10 ans de guerre… Les soviétiques étaient rentrés chez eux… vaincus… Et sans vouloir proposer des conclusions hâtives, faites d’éternels recommencements et d’histoire… La situation de l’alliance en Afghanistan reste, renforts ou non, des plus délicates. Y introduire un facteur supplémentaire (sous la forme d’une durée limitée de la mission), ne va rien simplifier. Car il apparaît un peu utopique de croire que les Afghans se soucient de respecter l’agenda du président des Etats-Unis. Mauvaises têtes, ils pourraient même s’appuyer sur cette chronologie d’un retrait annoncé pour pourrir les plans des états-majors de la première armée du monde.