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André Gide, « Le retour de l’enfant prodigue »

lundi 6 septembre 2010, par GB

En son temps, ce livre, appel au départ du foyer familial, a dû faire trembler d’effroi la plupart des parents qui l’ont lu. Gide ayant l’art et la manière de distiller des questions inquiètes et ardentes dans ses écrits, il apparaît très vite que son drôle de roman est une bombe à retardement lancé dans les esprits des jeunes gens agités, de ces adolescents au front calme et aux idées fiévreuses qui rêvent d’espaces lointains, de terres au-delà de l’horizon, de mondes nouveaux et de peuples inconnus.

J’ai pour Gide un goût mâtiné de défiance instinctive, ses appels à la liberté, à l’émancipation manquent de légèreté, d’espace, de beauté… J’y trouve trop souvent les procédés séduisants des sergents recruteurs d’une autre secte, d’un autre club, dont l’action n’aurait pour autre objet que de vous proposer une vision un peu spéciale du monde, entendez par là celle de Gide lui-même.

Et pourtant… En dépit de ses travers, André Gide a su créer quelques-uns des livres les plus forts de sa génération. Je suis assez froid devant les passions que je ne partage pas, j’en comprends le feu, bien sûr. Ne suffit-il pas d’aimer sans l’être en retour une fois dans sa vie pour connaître cet abîme des sentiments, ces incendies, ces espoirs fous, ces tristesses inconsolables…

Mais Gide, surtout, a créé, réellement créé, des personnages, des histoires, dont la force, fut-elle névrotique, obsessionnelle, était de toucher à quelque chose d’universel, malgré nos réticences, un petit coin de notre âme. Ce petit coin, farouche, sauvage, qui rêve de toutes les révolutions, toutes les rebellions, toutes les aventures.

Ainsi en va-t-il de ce livre, Le retour de l’enfant prodigue. Un livre que j’ai aimé détester. Un livre qui poussait à fuir, à s’évader, qui n’offrait pas réellement l’idée du dépaysement ou de l’aventure, mais qui insistait bien davantage sur l’idée de l’indispensable départ, de l’indispensable rupture qui doit, à un moment tout du moins, marquer la vie d’une famille. En ne décrivant pas réellement le point, le seuil de la liberté, il savait offrir une part belle à l’imagination de chaque lecteur, pour que chacun puisse alors peindre ses envies de voyage ou de départ des couleurs de ses rêves.

Je n’aimais pas cette histoire d’enfant prodigue qui n’avait pas su trouver d’autre voie que celle du retour et qui encourageait pourtant son petit frère à partir à son tour. Le bouquin vaut pourtant largement le détour, ce qui ne veut pas dire pour autant que je l’aime. Non, je ne crois pas, c’est du Gide et je trouve ça toujours un peu malsain, je conserve à son égard ma méfiance viscérale de paysan.

Les gens des villes aiment causer c’est entendu, mais répondent rarement aux questions simples. Et après avoir lu ce bouquin de Gide, entre autres lectures, avoir été assez fâché de sentir une sourde tentative de manipulation - Gide ne nous invite pas forcément au voyage, juste à rompre avec nos familles - je me souviens aussi être parti, en croyant d’ailleurs que ce départ serait définitif, j’en ai conclu que si le départ est possible, il prend aussi du sens parce que le retour est possible. Revient-on jamais complètement ?

Pour ceux qui se posent la question et ceux qui ayant pas à pas et peu à peu construit leur vie ici, il reste la littérature, y compris celle-ci, dont je m’aperçois que je me souviens, vingt ans après l’avoir découverte. On pensera ce que l’on veut de ce livre, mais si vingt ans après l’avoir lu je m’en suis souvenu, vous comprendrez qu’il valait bien un article…


Vos commentaires

  • Le 7 septembre 2010 à 14:49, par emmaknight

    Le titre m’a suggéré que tu avais changé d’avis à son sujet...
    Fausse joie.

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