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mercredi 8 septembre 2010, par
Hier j’ai manifesté. A contresens.
19h. Métro Charonne. Le boulevard Voltaire est noir de monde. Très rouges les gens, quand même. Et un peu déguisés aussi. De grands autocollants (rouges) sur leurs informes T-shirts (noirs) avec des slogans forts comme : « Projet de loi sur les retraites : ni amendable, ni négociable ».
Horreur ! Malheur ! Pendant une minute – que dis-je, un quart de millième de seconde – j’ai cru que je partageais les revendications des manifestants de Force Ouvrière. Parce que moi je suis d’accord, le projet de loi, on ne l’amende pas, on ne le négocie pas. On le vote tel quel et on ferme bien sa gueule parce que même comme ça, ma retraite, je peux d’ores et déjà m’asseoir dessus.
« Avec FO, exigeons le retrait ». Deuxième mini-crise cardiaque. Mais oui, qu’on le retire ce projet de loi ! Simplement on en rédige un encore mieux, un poil plus réaliste, en essayant de voir plus loin qu’à horizon 2018 par exemple. Mais là, je sens que mon papier est à la limite de virer technico-chiant, à base de statistiques et autres théories économico-alarmistes.
Donc hier, j’ai manifesté. Enfin j’ai marché la tête haute, en remontant le flot des manifestants. Une manif’ normale, tout plein de gens en rangs, bras dessus, bras dessous parce qu’on est tous frères, soudés face au méchant capitalisme. Le leader, on le reconnaît à son micro, dans lequel il braille des trucs que je ne comprends pas bien mais que tout le monde répète en chœur donc c’est que je dois juste pas être dans l’ambiance.
Charonne, c’est le carré VIP « Force Ouvrière ». On crie des slogans impactants mais surtout, surtout on chante – hurle ? – en chœur L’Internationale, avec force conviction, le poing levé. Et je regrette, mais le poing levé, ça en jette sacrément.
A ce stade des 500 mètres que j’ai à parcourir, je suis bien embêtée. D’abord, j’adore les manifs. C’est festif, c’est bon enfant, c’est euphorisant. Un vrai esprit de communion. Et pas celui qu’on est censé trouver à la messe du dimanche. D’accord, marcher à contresens des manifestants quand fondamentalement tu ne partages aucune de leurs convictions, c’est symboliquement hyper fort. Mais quand même, ils ont l’air de bien se marrer. Et puis, surtout, chanter L’Internationale, pardon mais c’est comme La Marseillaise et les chansons à boire, c’est galvanisant. Voire libératoire.
Alors j’ai compris. Hier, je ne pouvais pas manifester. J’ai des convictions môa, et les retraites, c’est du sérieux. On parle de mes vieux jours, on n’est pas à Guignol. En revanche, c’est sur samedi dernier que je me suis loupée. J’aurais dû résister à l’appel de mes clubs désireux de tâter du green, et aller battre le pavé parisien.
Je suis un peu déçue de ne pas avoir pu prendre en photo ma résistance à la lutte des classes. Heureusement qu’Eric avait pris soin d’envoyer François-Marie dans l’arène. J’ai hâte de voir les clichés.