Ce que je fais le dimanche #2
mardi 20 septembre 2011, par
Les dimanches sont toujours calmes mais moi, jamais. Alors j’emmène le mari que je n’ai pas, au restaurant.
“Je prendrai l’escalope milanaise. Avec des tagliatelles tomate-basilic, s’il vous plaît. Oui, Mmmm. Bien garnie. Et une petite salade en accompagnement.
… Ah ? C’est servi avec ? On est gâtés chéri ! G.A.T.É.S. Monsieur prendra les Rigatoni au thon. Mmmm. Tu vas te régaler ! Mmmm. C’est bon le thon mélangé aux pâtes.
… Ah, non ? Ce n’est pas bon ? Pourquoi commandes-tu cela, alors ? Ah, tu n’es pas sûr d’aimer mais tu veux essayer ?
… Mais ce n’est pas du tout T.O.I ça, Jean-Pierre.
… Et puis tu sais bien que je fais les meilleurs choix au restaurant. Mmmm. Ça sent bon, ç.a s.e.n.t b.o.n !
… Si, si, les meilleurs choix, c’est moi. Mets ta serviette. Non, celle-là, c’est la mienne. Jean-Pierre, fais moi P.L.A.I.S.I.R : mets ta serviette. Tu vas mettre de la sauce partout.
… Voilà. Bravo chéri !
… On est vraiment très bien installés. Quelle vue spectaculaire sur la salle ! Regarde, mais r.e.g.a.r.d.e ! C’est du véritable balsamique ? On a les meilleures places, non ? Tu as goûté la Foccacia ? Nous sommes assis à l’unique table ronde ! C’est la table des amoureux. Je t’aime Jean-Pierre. Mmmm. Bisou. Oui, bisou. Smack ! Smack ! Pousse-toi un peu, je vois plus les gens.”
Nous constatons à cet instant précis, qu’il est possible d’emmerder son mari imaginaire durant des heures, sans que cela nécessite de reprendre son souffle. Lecteur, tu te trouves ainsi face à une découverte scientifique majeure : la connerie, à l’instar de certaines créatures des fonds marins, n’a pas besoin d’oxygène pour se développer.
“J’ai bien fait d’insister pour que nous sortions. Tu es beau ce soir, quoiqu’un peu engoncé dans ta chemise. Elle est trop petite. C’est la vieille celle-ci ? Naturellement, c’est la V.I.E.I.L.L.E !
… Jean-Pierre, je t’en avais pourtant sorti une du placard. Si, du P.L.A.C.A.R.D. Elle se trouvait à côté de mon pashmina vert... Mais si, le pashmina vert super classe, avec les petits sapins sur les franges et Joyeux Noël Marie-Paule brodé dessus !
… Non, non... C’est dommage voilà tout. Nous sommes exposés à tous les regards. J’ai moi-même fait un effort et j’estime mériter un mari vêtu correctement. Jean-Pierre, tu m’écoutes ?
… J’ai vu qu’ils avaient du fraisier. Mmmm. J’adore le fraisier. Monsieur ? Monsieur ? Oui, par ici, merci. Il vous reste du fraisier ?
… Une part seulement ? Ah. Bon.
… Comment, chéri ?
… D’accord, d’accord. Je verrai si j’en ai envie après la milanaise.
… Pardon ? Il n’en restera peut-être plus ? Alors mon époux sera puni. Ha ha ha ! Jean-Pierre, détends-toi un peu, voyons !”
Exemples de punitions infligées à Jean-Pierre en 2011 :
Privation de Sudoku.
Confiscation de sa revue Gibier-Chasse.
Interdiction de manger du camembert après 18h.
Ces touristes sont très bruyants, garçon, on vous entend à peine. Je vais leur dire de ce pas ce que j’en pense. Madame ? Oui, vous, avec la touffe ! Pouvez-vous parler moins fort s’il vous plaît ? On ne s’entend plus ! Merci bien.
… Donc, mon époux me dit toujours : “Tu ne termines jamais ton assiette et pourtant tu grossis à vue d’oeil”. Je suis gourmande, voyez-vous. Ce n’est pas un défaut d’être gironde, non ? Vous, les Italiens, vous aimez bien ça ! Mmmm.
… Nous prendrons aussi deux verres de Valpolicella.
… Non, pas une bouteille entière, Jean-Pierre. Un teint couperosé avec une chemise mauve, ce n’est pas une bonne idée.
… Voilà pour la commande, merci bien Monsieur.
… Ahhh… Non, je n’ai pas trop parlé. Ne commence pas... Alors, cette réunion avec Reynaux ? Ah oui ? Ça avance bien ? Il est grossier avec moi, Reynaux. Très grossier. Oui, il a des problèmes, je sais bien. Personnels, oui. A.F.F.E.C.T.I.F.S.
… Mais ça n’empêche. Il m’a traitée de truie au téléphone parce que je lui demandais de patienter. De truie. Et une fois aussi, de connasse. Un vendredi.
Ayant eu pour patients, un certain nombre de vendredis, un psychiatre qui souhaite garder l’anonymat explique leur nature mélancolique par le fait qu’ils supporteraient très mal d’être aussi stigmatisés : Vendredi saint, vendredi-Jour du poisson, vendredi 13, Vendredi-Casual day. Le vendredi croule sous les attributions farfelues. Et le vendredi craque.
… Mania-quoi ? Bipolaire ? Et quand on est bipolaire, on traite les femmes de connasse ? Ah.
… Excusez-moi, Monsieur ! S’il vous plaît ? Attends Jean-Pierre, je te coupe une seconde. Je me sens extrêmement concernée par le syndrome Gilles de la Tourette de ton collègue dépressif mais j’aimerais poser une question au... Ah, vous voilà charmant jeune homme !
… Mmmm quelle odeur ! Le plat derrière vous vient de laisser un sillage délicieux. Ah mais vous sentez bon aussi ! Vous sentez la figue rôtie. Si, si. Mmmm. Je voulais vous demander...
… Elle est grosse la milanaise ? Oh pardon, on vous embête avec nos questions. Les miennes, oui. Mon mari s’impatiente mais n’ayez crainte, il a l’habitude. Je parle toujours plus que lui. J’ai un tempérament fougueux. Je suis lion ascendant lion, et dragon, dans l’astrologie chinoise. Le résultat est épatant, non ?
… Ah non, mon mari est rat et poisson, il rampe et il flotte.
… Doux Jésus Jean-Pierre ne te vexe pas ainsi ! Tu vas devenir tout rouge. Alors, elle est grosse ? Comment ça, quoi ? La milanaise, voyons !
… Grosse mais… Aplatie ? Au M.A.I.L.L.E.T ?
… Bon. Merci monsieur. Merci. Ne partez pas tout de suite ! J’ai une toute toute toute toute toute dernière chose à vous demander, vraiment excusez-moi.
… Mmmm. Le fraisier… Il est gros ?
T.O.C : Affection qui se caractérise par la présence d’obsessions et/ou de compulsions qui reviennent sans arrêt et peuvent devenir source de handicap et rendre votre compagnon à moitié fou.
… Ah bon ? Moyen comment ? Rectangulaire, triangulaire ? Avec de la pâte d’amande ? Pouvez vous vérifier ?
… Bien sûr. Je vous laisse filer. Allez zou, en cuisine ! Qu’est ce qu’il y a Jean-Pierre ? Oui, voilà, je me R.E.N.S.E.I.G.N.E. J’ai le droit ?
… De plus, ce serveur est très gentil, non ?
… Non, il n’est pas T.R.O.P gentil. Juste ce qu’il faut. Nous ne sommes plus habitués à la délicatesse Jean-Pierre. Regarde Reynaux. Truie grasse n’est pas synonyme de bienséance, il me semble.
… Surtout à Paris, dis-tu ? Oui chéri, les gens sont mal élevés ici. Ah la la, mon pauvre mari ! Tu me houspilles parce que je t’embarrasse avec toutes mes questions mais si tu étais le seul à parler, je mourrais d’E.N.N.U.I.
… Oh ! Je te taquine, enfin, ne fais pas cette tête... Pardon ?
… À Grenoble ? Les gens sont très serviables, dis-tu ?
C’est le privilège de l’auteur que de pouvoir inventer tout et n’importe quoi. La ville de Grenoble n’existe pas. Fort heureusement.
… Ah. Oui mais Grenoble, Jean-Pierre. Grenoble, je n’y mettrai plus J.A.M.A.I.S les pieds. Ou si, quand toute ta famille aura crevé en tentant l’ascension du pic Turbat avec des espadrilles.
Ta serviette est tombée. Ramasse.
… Après réflexion, je crois que j’aurai sans doute de la place pour un petit fraisier après une grosse milanaise. Si.
… Tu vois ces touristes. Ils m’inquiètent Jean-Pierre. Ils ont une tête à commander les trois derniers fraisiers. Non, non chéri, je n’ai pas de vues divinatoires sur le contenu des estomacs. Mais la grande brune à la touffe va choisir le F.R.A.I.S.I.E.R.
Aucune étude sérieuse ne s’est encore penchée sur le lien direct entre la nature capillaire et le choix des gâteaux, même si ce rapport a maintes et maintes fois été constaté. Pour ma part, j’ai souvent remarqué que le porteur d’un balayage Dessange se dirige, d’instinct, vers les mille-feuilles et autres gourmandises à la crème. Les bruns et les châtains se laissent plus facilement tenter par les desserts fruités. Quant aux roux que l’on croise, le visage barbouillé de chocolat devant chez Ladurée, ils ne trompent personne !
… Et moi, je la regarderai, dévorée de frustration. Je prierai pour qu’elle s’étouffe.
… Elle est jolie cette carte. Pardon ? Le menu, oui. Il est très propre. Regarde cette calligraphie soignée. Spaghetti alla Puttanesca. Vitello tonnato. Zuppa Inglese. Mais Jean-Pierre, souris un peu, merde !
… Tu as vu la D.O.L.C.E V.I.T.A ? Eh bien si tu vas aux toilettes, tu remarqueras que les rebords de la cuvette ressemblent à ceux de la fontaine de Trevi. C’est si bien imité que l’on a presque envie d’y jeter une pièce et de faire un vœu.
Plombier dans le quartier du restaurant Fellini : Artisan Plombier Berthier 223, rue St Honoré. 01 42 86 07 91. Tous les jours jusqu’à 22h.
… C’est Reynaux qui t’a parlé de ce restaurant ? Il est fort, Reynaux. La dépression le transforme en un être raffiné. Avant, il nous aurait conseillé le Bistro Romain, ce gros radin.
… J’ai faim. Pas toi ? Non ? Tu réclames un peu de silence ? Pourquoi voudrais-tu du S.I.L.E.N.C.E ? Ah, le revoici ! Il est charmant cet homme. Quelle allure avec tout ce bronzage.
… Alors dites-moi tout sur votre part de fraisier ! Vous n’avez pas pu le voir ? Dans les cuisines ? Sous cloche ? Eh bien, voilà autre chose ! Un fraisier invisible, c’est bizarre.
… Vous êtes Grenoblois ? Non, parce que mon mari… Ah ne m’interromps pas Jean-Pierre, je disais à ce jeune homme que l’on ne rencontre jamais des serveurs aussi aimables. Enfin ! Excepté à Grenoble, apparemment.
HA HA HA, c’est ridicule, vous ne trouvez pas ? Une idée de mon époux qui dit connerie sur connerie ce soir !
… Montrez-moi vos mains, si si. Voilà servez-vous de vos mimines pour me montrer la taille que font ces maudits fraisiers puisqu’ils sont introuvables ! Mais si, allons ! Mmmm. Mais non, je n’ennuie pas le garçon. Mmmm. Vos mains sont si douces.
Le serveur utilise la crème “Pommade pour peau mâle”, à base d’ingrédients sélectionnés pour leur qualités hydratante et émolliente, comme le dit TF1. Bien qu’il oublie souvent d’en mettre, la crème continue d’agir comme un film protecteur invisible pendant 72h. Les fraisiers utilisent une crème au beurre qui agit aussi comme un film invisible, d’où leur disparition.
… Oh ! Vous êtes un amour ! Tu vois Jean-Pierre ? Il est A.D.O.R.A.B.L.E. Alors ? Cette taille là ?
… Oh… C’est petit, en effet. Vos mains sont longues mais l’écart est petit. Ce sont des proportions pourtant tout a fait respectables pour un fraisier mais je suis déçue.
… Un minuscule fraisier. Riquiqui. Vos doigts sont très fins. On a envie de les croquer comme des petits gressins. Superbes, noueuses, délicates... Mmmm. Et cette façon d’empoigner les assiettes d’antipasti et…Vous avez du travail, évidemment, on vous retient.
Devant la myriade de petites entrées, déposées sur une nappe à carreaux qui rappelait les origines campagnardes du propriétaire de la trattoria, un autre client hésita longtemps avant de choisir ce qu’il allait mettre dans son assiette. L’artichaut mariné lui rappelait le parfum de maman, les poivrons farcis l’accouchement pénible de sa première femme, et les champignons en salade une nuit d’insomnie dans un refuge de montagne où les draps grattaient terriblement. Il opta pour la charcuterie, qui incarnait à ses yeux, des souvenirs bien plus agréables, comme cette formidable séance de masturbation devant Rocky I.
… Vous dites ?
… Ah oui, le fraisier ! Je vais le commander, n’en déplaise à mon cher mari. Pour vous témoigner ma gratitude et avoir le plaisir de vous revoir à notre table le plus longtemps possible… Bambino, bambino, ho ho ho… Voilà que vous me faites chanter… Je suis à deux doigts de me TR.É.M.O.U.S.S.E.R, hi hi hi.
… Oui, oui… Je vous laisse travailler à présent. A tout à l’heure beau brun !
… Dieu que j’ai faim ! Alors, ce Reynaux ? Jean-Pierre ? Tu veux bien arrêter de tirer la tronche ? J’avais bien le droit de me renseigner sur un dessert. Non, je ne suis pas ivre. Je déteste ça parce que je déteste vomir, tu le sais bien !
Liste non exhaustive des phobies de Marie-Paule :
Apiphobie - Peur des abeilles.
Hexakosioihexekontahexaphobie - Peur du chiffre 666.
Sidérodromophobie - Peur de voyager en train.
Émétophobie - Peur de vomir.
… Oh mais tu ne vas pas rouspéter ! Je m’informais, voilà tout. Ne me parle pas sur ce ton. Tu es bien emmerdant ce soir.
… Pardon ? Du quoi ? Du G.R.I.N.G.U.E au serveur ? Moi ! Mais c’est dément Jean-Pierre. Dément. Tu vas me faire une scène, c’est incroyable. Au restaurant. Ici même. Devant tous ces gens. Quelle honte !
… Mais voilà nos plats. Ouvrons grand la bouche et trinquons, veux-tu chéri ?
… Mais enfin ? Tu ne manges pas ? Tu n’as plus faim ? Tu vois, tu n’aimes pas les pâtes au thon. Tu n’as jamais aimé ça. Je te l’avais bien dit.
… Ne me regarde pas comme ça. Où vas-tu ? Pourquoi te lèves-tu ?
… Chéri ? Ma parole, il s’en va ?
“Et c’est tout ?”
“Oui.”
“Vous dînez, vous vous disputez, vous partez.”
“Oui.”
“Nous avons une dizaine de témoins dont la grande brune touffue qui vous ont entendus parler, toute la soirée. Vous ne l’ignorez pas, Monsieur Laverrian.”
“Oui, inspecteur.”
“Monsieur Laverrian, votre femme a été étranglée avec une ceinture Gucci de contrefaçon, peu de temps après son repas. Nous avons besoin de votre totale implication !”
“ … ”
“Mais enfin ! Comment un homme, inconnu des services de police, un serveur sans histoires qui se gomine à peine les cheveux, a-t-il pu s’en prendre aussi sauvagement à une cliente qu’il ne connaissait pas une heure avant les faits ? Pourquoi diable l’étrangler alors qu’elle était, d’après les résultats du légiste, en train de s’étouffer à table avec son gâteau ?”
Allez savoir ce dont sont capables les gens qui portent des ceintures Gucci de contrefaçon.
“Bien. On va s’arrêter là. Il serait préférable de poursuivre cette thérapie cognitive encore quelques mois, mademoiselle Maudilon.”
“Ah.”
“Oui, le premier rêve et le suivant signifient que le travail en cours ne porte pas encore tout à fait ses fruits...”
“Bon. Et on se revoit Q.U.A.N.D ?”