Accueil du site > We love it

J’ai traversé Paris avec Francis Huster

samedi 15 mai 2010, par Hugues

La Traversée de Paris. Tout le monde connaît ce film qui regroupe en 1956 Jean Gabin, Bourvil et Louis de Funès sous la houlette de Claude Autan-Lara. Ce film est même devenu un grand classique du cinéma français grâce – entre autre – à la fameuse réplique de Jean Gabin : « Jambier, 45 rue Poliveau… » hurlée dans la nuit silencieuse du Paris de l’occupation pour intimider le-dit Jambier (de Funès).

Mais avant ce film, l’histoire est inspirée de la nouvelle de Marcel Aymé, Traversée de paris, parue en 1947 dans le recueil Le Vin de Paris. Grâce à la collaboration directe de l’auteur (avec le cinéaste, pas avec les Allemands, même si cela lui a été reproché en son temps !), il faut d’ailleurs saluer le respect de l’esprit de cette nouvelle dans son adaptation cinématographique, même si l’histoire finit différemment, le cinéma préférant les fins heureuses. C’est assez rare pour être souligné.

Pour ceux qui n’auraient pas lu Marcel Aymé (que j’adore) ou Roger Nimier (elle se reconnaitra lol), je vais brièvement rappeler l’histoire. Paris, 1943, l’Occupation. Un chauffeur de taxi, Martin, désargenté boucle ses fins de mois en effectuant des transports de viande dans Paris au profit du marché noir. Son complice habituel étant malade, il propose à un étranger rencontré par hasard de l’aider. Or cet étranger est un peintre aisé, désœuvré et caractériel, Grandgil, qui accepte surtout pour se distraire. Commence alors une longue nuit au cours de laquelle les deux hommes vont sympathiser et s’affronter pendant leur périlleuse mission jusqu’à ce que Martin tue Grandgil chez ce dernier après avoir découvert la vérité sur son compagnon. Martin se livre peu après à la justice avec le sentiment du devoir accompli.

Alors pourquoi ai-je traversé Paris avec Francis Huster ? Je rassure ses fans, je ne l’ai pas poignardé !

Il y a quelques semaines, mon regard a été attiré dans le métro par une affiche dont le style rappelle résolument celui des ouvrages de la maison Gallimard. Cette affiche était celle d’un spectacle intitulé « La Traversée de Paris », monté et joué par Francis Huster aux Bouffes Parisiennes. Immédiatement attiré, j’ai acheté deux billets pour la 100e représentation. Grand bien m’en a pris : je pensais assister à une pièce de théâtre, j’ai assisté à un chef d’œuvre. Après un dialogue avec le public de près d’une heure pour expliquer son choix en évoquant la mémoire de Jean-Louis Barrault – ce qui, soit dit en passant, aurait certainement fait hurler Marcel Aymé – Francis Huster monte sur scène. Seul. Et il va jouer seul, sans décor et sans costume, la vingtaine de personnages de la pièce, sous un éclairage minimaliste. Et là, la magie opère. Chaque spectateur est plongé dans les rues obscures du Paris de l’Occupation, tremble avec les personnages, souffre avec eux. Cet exploit dure une bonne heure et demie qui semble quinze minutes. Un pur moment de bonheur. Les ovations à la fin ne sont pas feintes. Chacun a conscience d’avoir assisté à quelque chose d’unique.

En faisant ce choix difficile et iconoclaste, Francis Huster a doublement rendu hommage à Marcel Aymé, le plus grand poète français du XXe siècle. Que ses efforts soient salués. Il est rare de vivre de tels moments à notre époque. Comme aurait dit Stendhal, je fais heureusement partie des Happy Few qui ont vu ce spectacle. Il est des moments où l’humanité n’est pas si mauvaise.


Vos commentaires

  • Le 17 mai 2010 à 09:29, par AGK

    hum...lol. non mais sans rire et pourquoi pas Smdr...
    Alors Doudou dis donc, faudrait que t’arrêtes de faire tout comme moi - vas donc fouiner dans les archives ..... ;D. Mais j’aime beaucoup ton papier quand même.

  • Le 17 mai 2010 à 10:14, par Hugues

    Je ne suis qu’un vilain petit copieur ! Je n’avais pas vu (et lu) ton article... Mea culpa. J’ai beaucoup aimé ton papier aussi. Visiblement, nous avons tous les deux aimé le spectacle ! Pour me faire pardonner, je t’offrirai un verre au Harry’s la prochaine fois. Et j’ai aussi beaucoup aimé ton article sur l’uniforme, et pour cause.

Répondre à cet article