mardi 23 février 2010, par
C’est l’année du Tigre. On sait. Mais cette information essentielle pour nous autres occidentaux oblitérerait presque que nous sommes également dans le signe du poisson.
Alors, c’est quoi, un poisson ? d’après les pochons Fragonard, c’est un « doux, généreux, indépendant et intuitif ». Et ça se mange ? oui, chez Ozu, par exemple, après en avoir contemplé tout plein, et caressé beaucoup moins, au Troca. Non, parce que le grand bleu c’était un peu monomaniaque, et Océans, pas en 3D. Alors un petit tour au cinéaqua, ça permet de voir en vrai le talent développé par certains pour échapper à leurs prédateurs, ou à l’opposé de la chaine alimentaire sous marine l’admirable ingéniosité des autres pour les choper.
La bonne nouvelle pour les vraiment beaux, c’est qu’ils sont souvent toxiques, un peu comme les champignons. La mauvaise pour les autres c’est qu’un thon, par exemple, c’est plutôt moche. Va falloir nous motiver. L’anguille caramélisée est une bonne alternative au sushi rouge coupable.
Mais rien à voir.
Moi je voulais vous parler un peu de Simon Leys, à qui j’ai piqué son titre. Comme je sais pas hyper bien convaincre, si ce n’est en fourrant dans les pattes de ma victime le bouquin qu’il faut ab-so-lu-ment qu’il lise toute de suite, je suggère de vous épargner la suite et de filer vous l’offrir.
Vous persistez ? ok. Alors, Simon Leys. La libraire m’avait prévenue, après on peut plus s’en passer.
Voilà un monsieur pour qui un éminent philosophe ami de ses parents avait établi la liste des lectures philosophique de base, avec en post scriptum une injonction insistante à ne surtout pas oublier de lire des romans.
Ce qu’il a fait. De tous horizons. Des amériques en Chine. De tout temps. Et dans la foulée, des poèmes, des journaux, des essais, des critiques, des biographies….assez éclectique pour lancer des ponts improbables en toute liberté.
« Les distinctions de genres – romans et histoire, prose et poésie, fiction et essai – sont conventionnelles et n’existent que pour la commodité des bibliothécaires…et tout écrit qui présente une certaine qualité littéraire aspire essentiellement à être poème »
Daumier, Weil, Claude Roy, Alain, Vinci, Daumier, Flaubert, Orson Welles, Hugh Grant, le Docteur Jung, Rousseau, Voltaire, Goethe, T.Eliot, Shakespeare, Schopenhauer, Delacroix, Wagner, Mozart, Gide Sainte-Beuve, Sartre, Baudelaire, Julien Green, Glenn Gould, Beethoven et tellement d’autres, qu’il invite à ses réflexions impertinentes, cite là ou on ne les attends pas, réparti pour quelques rounds dans la même équipe surréaliste, épingle à l’occasion.
Léger, pétillant, écornant, profond. Tout en même temps, pour servir une très jolie idée des mots, de l’art en général, de l’homme en particulier.
Quelques extraits, qui seront bien meilleurs dans leur contexte.
Valéry avait raison d’assimiler l’ensemble de la littérature à une vaste « vengeance de l’esprit d’escalier »
Mario Vargas Llosa « la vie est une tornade de merde, dans laquelle l’art est notre seul parapluie »
« Mieux que connaître une chose : l’aimer » Confucius
Le plagiat par Martha Graham « nous sommes tous des voleurs. Mais au bout du compte, nous serons seulement jugés sur deux choses : qui nous avons choisi de dévaliser et qu’en avons nous fait »
« Toute personne est moindre que ce qu’elle a fait de plus beau » Valéry, comme axiome illustrant « le contraste parfois saisissant entre la splendeur d’une œuvre et la malodorante misère humaine de son auteur »
Stendhal : « le mauvais gout mène au crime » Simon Leys : « ce n’est pas faux – encore faudrait-il ajouter que le bon goût, lui, ne mène souvent qu’au salon de Mme Verdurin »
Quoi d’autre ?
Le nécessaire déséquilibre des artistes, l’empire du laid et les philistins, du saugrenu, du marginal, des mots, des clopes, des mensonges qui disent la vérité, de la paresse, de la vulgarité du succès, du rapport tordu des écrivains à l’argent, et la Chine dans tout ça...
« Les livres sont essentiellement inutiles (on s’en doutait un peu – et d’ailleurs, c’est bien pour ça qu’on les aime tant) »
Vos commentaires
merci AlyeTTe pour cet article qui "se laisse lire" et qui donne envie de lire le livre, ce que je ferai ....
en revanche, permettez moi d’incendier le "système" (c’est commode de dire le système, c’est comme "la crise", ou "les français")qui par un processus magique m’a délivré un mot de passe que je suis incapable de retenir ou de ressortir même sous la plus sophistiquée des tortures
Yvan
processus magique = embrouille. Alors que là, c’est assez simple : on note sur un petit papier, puis on va modifier pour mettre son sésame à soi qu’on veut, puis on jette le petit papier.
Il a l’air bien ce monsieur, ou alors le livre est bien vendu ;)