jeudi 1er juillet 2010, par
Le jeudi, j’achète Libération. Qu’on ne s’y trompe pas, je suis de droite. Parce que déjà que je suis chrétienne, alors je vais pas en plus être de gauche, question de balancement personnel, quoique sans doute très hérité. Mais pour faire bonne mesure, je ne lis pas que le Figaro. Pour être honnête, je n’ouvre de toute façon le journal que le jeudi - à moins d’avoir envie de canard le mercredi - pour n’y lire que les cahiers littéraires.
On y découvre des foultitudes de trésors, ça donne plein d’idées enthousiasmantes de lectures, sachant que celle des articles est un plaisir en soi, parce ce qu’ils sont écrits avec soin, culture accessible et critiques choisies et soutenues, sans jamais (sauf rare accident) tomber dans le pédant compassé.
Et puis, il y a la griotte, le billet d’humeur "On achève bien d’imprimer".
Celui d’aujourd’hui disserte des taglines. Kesako ? me dis-je sans pour autant m’y arrêter, parce que quel que soit le sujet, je sais que je sourirai au moins une fois à sa lecture. Un tagline, qu’on pourrait plus franchement appeler un slogan, c’est une phrase sensée être accrocheuse, mémorable, et résumer la promesse et le ton du produit. Bref, pour les bouquins il y a le bandeau en général rouge fourni par l’éditeur, et sinon le beaucoup plus personnalisable post-it "coup de <3 du libraire".
Édouard Launet, le Monsieur à cause de qui je cause aujourd’hui, a donc fait un petit recensement de la littérature motivante pouvant tenir sur un pas bien grand bout de papier collant. Je note au passage que Libé verse dans le bobo régionaliste bon teint, et sait se mettre au diapason saisonnier de son lectorat, parce que le lieu d’étude choisi, c’est la librairie Louis XIV De Saint-Jean (de-Luz, pour ceux qui en connaîtraient un autre), que nous aussi, nous saluons au passage... Vais peut-être essayer Marianne, moi, pour élargir mes matières à opinion.
Or donc, le coup de cœur du libraire.
Moi aussi, dès que j’aurai fait fortune, me serai procuré un ou plusieurs barils de courage, et dégoté le parrain ou la marraine à tête (cheveux et neurones) bien salée pour pas m’étaler comme une datte, j’ouvrirai ma librairie. Où il n’y aura que, et seulement exclusivement et non négociable, des tas de mots que j’aime. Bref, chacun de mes bouquins sera digne d’un post-it géant, bouton d’or à paillettes. A moins que je ne colle rien, pour obliger les gens à me demander, ou alors que j’ai une autre meilleure idée.
On sera bien, chez moi. En tout cas moi, et c’est quand même le libraire qui passe le plus de temps dans son échoppe, c’est donc pas négligeable. Le seul truc, c’est que comme j’aimerai tout, je pourrai griffer personne... Et ça, ça c’est pas loin de me faire revoir ma copie. Parce que dans une librairie normale, y a aussi des pavés de navets, des arbres morts pour rien, et des foutages de gueule qui se prennent pour des lanternes, et nous pour des imbéciles. Et que le dire, et même l’écrire, relève de la charité la plus élémentaire à l’égard de notre précieux temps.
Et puis ce doit être tellement réjouissant, d’épingler publiquement autre chose que de la pub racoleuse ou du résumé fade à faire fuir.
E.Launet s’est donc amusé à quelques commentaires imaginaires et peu flatteurs. Allez, je vous en donne quelques-uns :
"ce livre est indigent, il m’a fait perdre quatre heures de ma courte vie"
"je n’avais rien lu d’aussi emmerdant depuis le catalogue 1998 de Conforama"
"c’est mieux que du Katherine Pancol, mais ce n’est tout de même pas du Flaubert"
"c’est quand même dingue qu’on imprime encore des saloperies pareilles"
"quand j’ai déballé le carton et que j’ai vu les quinze exemplaires de ce roman inepte, je me suis dit que j’aurais mieux fait d’ouvrir un restau."
Parce qu’il concède au libraire le droit d’être lui aussi "lapidaire, péremptoire ou injuste".
Me plaît bien, ce postulat.
Bon ensuite, suis pas sûre que le libraire qui jouerait à ça ne se tire pas une balle dans le pied, et ferme et son clapet et sa porte plus vite qu’espéré. N’empêche. Tentant. Très.