vendredi 9 juillet 2010, par
Hanches larges, noire, décapotée, l’oeil malicieux, la voiture est là, basse, très basse, posée sur des pneus larges. On commence par se glisser à l’intérieur, les sièges vous calent fermement, il y a un volant (petit), un levier de vitesse (court), les trois pédales d’une boîte mécanique, un atome de clim, un souffle de son, mais on sent bien que pour l’auto-radio rien ne va être simple.
En deux-trois minutes, on cherche sa position, on règle ses rétros, son siège, la colonne de direction, on joue avec la boîte pour repérer les rapports. Un ineffable sourire flotte déjà sur vos lèvres, il s’accentue franchement dès que l’on tourne la clé de contact. Le flap, flap et les ronflements rauques du moteur flat six vous appellent au plaisir.
Pour l’instant, votre instinct de survie vous incite à la prudence, à chaque sollicitation, la pédale de l’accélérateur vous renvoie une poussée d’adrénaline et de vitesse noyées dans les ronflements du moteur. Jusqu’à trois mille tours, tout va bien.... Ils s’affichent sous votre nez, le compte-tours est bien au centre du tableau de bord, tout va bien...
Très vite, on n’a qu’une envie, sortir de Paris, périph Nord, A1, direction Chantilly... Chaque dépassement est un bonheur, un instant on est là, l’instant d’après on est loin, et on se dit mais qu’est-ce que c’est que ce truc de malade. Tout est simple, assez bruyant, puissant et souple à la fois. Après trente ou cinquante kilomètres, assez ri sur l’autoroute, le coyote est bien à sa place, il m’a évité de perdre quelques points de permis déjà, direction les petites routes, ma voisine me rappelle que le 4 de Carrera 4 est là parce que la voiture a quatre roues motrices.

Motrices... Le mot est juste, tout comme précis s’applique parfaitement ici à la direction, on a l’impression de sentir chaque aspérité de la route, chaque gravillon, le volant vous fait remonter des tonnes d’infos. Peu à peu vient la curiosité, elle repousse toujours un peu plus loin l’appréhension du début. Les 300 chevaux commencent à pousser vers 3000 tours, à 4000 c’est la charge... Tout s’affole, les aiguilles du compteur et du compte tour dégagent vers la droite, le moteur attaque une gamme de sons inconnus, déclinant toute une palette de ronflements rauques qui se transforment en vrombissement et s’achèvent en hurlement. Et ça... c’est bon...
Le paysage... Ca fait bien longtemps qu’on s’en fout, il y a le moteur, la boîte, les freins posé sur un chassis en béton armé, les fauteuils dans lesquels vous êtes vissé et... Plus rien, il n’y a que vous, la route et la question idiote de jusqu’où va-t-on aller. Les inhibitions sautent les unes après les autres, des années de lecture de magazine auto vous effleurent l’esprit, ça y est vous êtes dans cette dimension très particulière ou les mots grip, accélération d’avion de chasse et freinage monstrueux veulent dire quelque chose.
Ca pousse franchement, clignotant... Quatrième, troisième et à fond dedans, les voitures de la file que vous dépassez se figent, vous êtes dans la Matrice, il n’y a plus que vous qui avanciez... vite. Virage gauche, après avoir mouliné sur troisième, quatrième, retour troisième, freinage, on charge le train avant, retour sur l’accélérateur, la conso et l’environnement oui c’est important, mépaslànon... Collée à la route, aspirée par la trajectoire idéale, la voiture prend quelques G... Sortie à fond, on renvoie la quatrième, un, deux, trois, quatre... Passer la cinquième ? Oh... allez, petite chute du compte tours, et des décibels...
Putain mais qu’est ce que c’est que ce truc de malade, ça pousse toujours à fond, on a l’impression que la voiture n’attendait que ça. Il y a une sixième vitesse.... Mépaslànon... Ralentissements, pavés, arrivée sur Chantilly, ça tressaute de partout, on s’arrête. La voiture cliquète... La segmentation a dû chauffer un peu, ça fait un bruit de moto qui refroidit...

Ok... C’est bien un truc à part. 130% de sensations. Même pas (trop) peur. Ce qui inquiète... Ce qui inquiète c’est de savoir jusqu’où on peut aller. C’est sûr, c’est pas la voiture à qui ça fera peur.
Un moteur, une boîte, un chassis, des freins... A force de mettre le moteur au mauvais endroit, à l’arrière, chez Porsche ils sont arrivés à en faire une bonne chose. Finalement on se prend à croire que l’on pourrait conduire tous les jours comme ça... assis sur cet espèce de missile sol-sol à dix centimètres de la route. Gentille ma voisine me demande ce que j’en pense...
Ce que j’en pense... Simple... C’est qu’avant ça, je n’avais jamais conduit de voiture...
A l’attention de Florence Forresti... Bonne approche du monde des mecs... J’aime la viande, les patates et les Porsche... Et vous savez pourquoi ? Parce que c’est putain de bon...