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Pour les paras hip, hip, hip…

lundi 21 juin 2010, par Hugues

Camp retranché de Dien-Bien-Phu, 30 mars 1954. Les Viets montent à l’attaque à 18h45. Ils occupent sans coup férir Eliane 1 et Dominique 2. A 21 heures, ils achèvent de réduire Dominique 1. Ils échouent devant Dominique 3. Et sur Eliane 2, légionnaires et marocains plient, mais ne lâchent pas. A minuit, la division 316 a pris pied sur les "Champs-Elysées", au pied d’Eliane 2. Elle ne peut arriver au sommet de la colline. A 17 heures le 1er avril, la division Viet 316 reprend son attaque sur Eliane 2 où légionnaires-paras du BEP, paras franco-vietnamiens de Bigeard et du 8ème choc, légionnaires du 1/13ème DBLE et Marocains se battent depuis soixante heures. Le 3 avril, après quatre-vingt-dix heures de combat ininterrompu, Eliane 2 tient toujours. Se sachant écouté à la radio à la fois par ses hommes et par le Vietminh, Bigeard a alors ces mots fameux : « moi vivant, Huguette 2 ne tombera pas ». A l’aube du 4 avril, les Viets évacuent d’eux-mêmes les Champs-Elysées. La bataille pour Eliane 2 est terminée. Elle a duré cent sept heures. La bataille des Huguette commence.

Parachuté sur le camp retranché le 16 mars 1954, alors que le sort de la bataille est scellé, le commandant Bigeard devient un héros de la cuvette et entre dans la légende en défendant avec son bataillon les points d’appui Eliane 1 et 2.

J’ai eu beaucoup de mal à écrire ce billet. Il peut paraître mièvre. Il en est toujours ainsi quand l’émotion prend le pas sur la raison. Mais l’homme pour qui je l’écrit mérite les éloges, même les plus mauvaises.

Vous l’aurez compris, le général Bigeard est mort. D’aucun pourront penser qu’à 94 ans, il avait fait son temps ; d’autres s’évertueront à mettre en avant les polémiques autour de l’emploi de la torture pendant la bataille d’Alger en 1957. Personnellement, j’ai perdu avec « Bruno » (son indicatif radio) non seulement un héros, mais une partie de ma jeunesse. Ma tristesse est immense.

Comme tous les adolescents, j’ai eu une période épique où les figures de notre histoire formaient une épopée nationale dans laquelle je souhaitais leur emboiter le pas. Ainsi en était-il de Bayard, Turenne, Surcouf, Napoléon qui pointait déjà sous Bonaparte, et autres Brazza. Et puis un jour, j’ai découvert Bigeard. Je m’en rappelle bien, j’avais 14 ans, c’était en lisant « les 170 jours de Dien-Bien-Phû » d’Erwan Bergot. Ce commandant se dressait devant moi, héros malheureux dans une funeste cuvette loin de notre pays, dernier rempart de l’honneur militaire de notre pays en ces tristes temps. Alors Bigeard s’est imposé à moi. Son bagout, son sens du terrain, son amour de notre pays et de ses hommes, son courage, sa ténacité… Comme beaucoup, je lui ai écrit. Et comme à tous, il m’a répondu : une lettre pleine d’espérance en la jeunesse, pleine d’encouragements au futur chef, pleine de Foi pour notre métier. De ce jour, sa photo n’a jamais quitté mon bureau et lui mon coeur.

Au soir d’une offensive sur un point d’appui de Dien-Bien-Phu, un lieutenant rendait compte à la radio : « Ils sont là, ils encerclent la position, ils sont tout près. Je détruit ma radio. Pour les paras hip, hip, hip… ». Alors oui, définitivement, pour les paras, hip, hip, hip. Adieu Bruno et merci.


Vos commentaires

  • Le 22 juin à 19:41, par Emmanuel

    Et conformément à ce qu’il avait annoncé il y a des années ces cendres seront dispersées au dessus de Diên Biên Phu.

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