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André Comte-Sponville, « L’amour la solitude »

lundi 8 novembre 2010, par GB

C’est un petit livre ridicule, qui doit faire dans les... deux cents grammes peut-être, guère plus, 184 pages et qui parle de la vie. Inouï... Deux cents grammes qui m’accompagnent de temps à autre, qui ressortent toujours d’un rayonnage où je les oublie souvent. La Bibliothèque nationale de France, 13 millions de livres... Pourquoi celui-là... Hum, c’était il y a un peu plus de six ans déjà, en avril 2004...

Il faut être optimiste pour qu’il nous arrive de jolies surprises, ça vaut pour les rencontres, ça vaut aussi pour les livres. Celui-là m’attendait au coin d’un rayonnage d’une librairie ou j’avais décidé de trouver matière à oublier que je ne pourrais passer le week-end avec une charmante mais un poil compliquée demoiselle.

Et assez solidement agacé, en voyant le titre de ce petit bouquin, je souris pourtant. Si un autre avait eu la tentation de me conseiller ce genre de livre, je l’eus volontiers envoyer paître, mais là, mon ironie un peu noire m’interdisait de passer à côté d’un ouvrage de conversation philosophique ainsi intitulé.

Autant vous prévenir gentiment tout de suite, c’est beau, c’est intelligent, mais c’est plutôt du lourd. Et c’est sans doute pourquoi je parviens à en oublier l’existence tant que je ne ressens pas le besoin de le lire. Pour tout dire, ce petit manuel philosophique est assez terrible, passant au crible du questionnement philosophique l’art et la manière d’appréhender l’existence, et donc l’amour et la solitude, identifiés comme essentiels dans la vie par l’auteur.

L’objet du livre ? Comment comprendre cette définition de Rilke sur l’amour : « Deux solitudes se protégeant, se complétant, se limitant, et s’inclinant l’une devant l’autre »... Voilà, c’est ça l’idée... Et la réflexion, le chemin que l’on cherche à accomplir passe donc par cette sorte de nourriture. Le livre n’est jamais essentiel, indispensable, mais il vous brûle les mains, vous bouscule vous confronte. C’est une forme d’épreuve, la plus difficile qui soit à mon sens, que de chercher à éliminer ce qui parasite et qui plaît à la fois dans le prêt-à-porter de nos sentiments ordinaires.

C’est donc de la philo, mais tempérée par les beautés passagères de l’écriture qui vous offrent de jolies respirations avant que vous ne replongiez en apnée vous colleter à deux ou trois concepts pas follement aimables pour votre égo. On n’en ressort pas tout à fait intact, mais je crois qu’il faut de temps à autre aller éprouver nos sentiments, nos pensées. Et ce ne doit pas être loin d’être un peu nietzschéen que de se convaincre que tout ce qui n’est pas tué dans l’épreuve est alors sinon plus fort, tout au moins plus vrai.

Que dire encore... Le livre échappe à la vanité de croire que la philosophie est autre chose qu’un chemin ou qu’un moyen et qu’elle doit nécessairement s’effacer devant le réel. Je ne sais si j’en recommande la lecture, disons que je la conseille, à toutes fins inutiles. Si, dans le genre distraction, vous hésitiez entre ça et la biographie de Dalida, n’hésitez plus, prenez donc la seconde.


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