Accueil du site > We love it > Lire

Christian Bobin, « La part manquante »

mercredi 3 novembre 2010, par GB

Et puis, et puis je n’ai plus très envie d’écrire des petits papiers légers pour distraire les lecteurs du Journal inutile. Peut-on appeler ça un symptôme, ou juste un fait. Bon, appelons ça un fait, ça y ressemble. Il y a cette phrase de Christian Bobin, dans la La part manquante qui illustre aussi pourquoi l’on écrit, pour atteindre en silence cette part indicible...

Christian Bobin, qui est à sa manière une sorte d’extraterrestre des lettres contemporaines et qui commet régulièrement de petits volumes, simples et lumineux. Alors oui, l’actualité est pleine de ce bruit et de cette agitation qui tiennent lieu aux médias d’état normal.

Combien en a-t-il publié de ces opus qui sont autant d’instantanés, de moments de grâce ou de solitude, presque contemplatifs, il est vrai. Pour trouver ses pépites, il semble que Christian Bobin prenne tout son temps, pour poser un mot, le reprendre, hésiter et finalement l’entourer, le border dans une phrase presque simplette et qui pourtant…

Par quel autre procédé trouverait-il de ces phrases qui vous offrent en trois lignes une porte sur le monde, une évasion en quatre mots, la vie expliquée par les pétales d’une fleur. Je ne sais pour ma part combien de fois j’ai remis le projet d’écrire ces quelques phrases pour essayer de vous inciter à lire Christian Bobin, je les ai posées, raturées, effacées, froissées et recommencées quelques fois.

Il m’apparaît aujourd’hui que je n’étais pas de l’humeur qu’il fallait, qu’il me manquait peut-être un peu plus que de l’inspiration. Est-ce de la poésie, je ne crois pas, de l’envie, pas davantage, peut-être un léger cocktail de temps et d’apaisement. Les humeurs rêveuses ne se commandent pas, il faut simplement que quelques conditions leur permettent d’éclore, de se laisser porter au fil d’une pensée vagabonde.

Et c’est ainsi, en étant quasi à l’arrêt, presque prêt à perdre tout le temps qu’il faut, pour trouver le sens de ces mots simples, de ces phrases courtes que l’on peut retrouver Bobin, pour essayer enfin d’aller un peu plus loin que vers les mots seuls, pour retrouver une émotion ou une couleur, la lumière peut-être, celle du soleil se jouant des nuages ou d’un voilage pour colorer, réchauffer un objet oublié.

Donc… C’est indispensable, inutile jusqu’à un point presque inimaginable. Pressé, stressé, avide… Passez à autre chose, filez ou fuyez, Bobin se lit au rythme des pas d’un vieillard arthritique, en soufflant tous les trois pas, en se relisant constamment. Ce n’est pas la vérité que vous trouverez mais çà et là quelques observations très légères, très simples et très justes.


Répondre à cet article