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Joseph Kessel

dimanche 5 octobre 2008, par Stan

Joseph Kessel faisait partie de cette race d’écrivains journalistes, à l’instar d’un Lucien Bodard, ou d’un Ernest Hemingway, de ceux qui vous font rêver en vous décrivant le réel, vous font comprendre une situation complexe en campant en quelques mots un personnage, un décor, une action.

Par là même, il fut longtemps décrié par une certaine intelligentsia, alors que cette double casquette et son tempérament foncièrement honnête le mirent à l’abri des masturbations intellectuelles et des délires militants si communs à son époque. Jugez un peu, il a a sévi de 1918 à 1970 environ, époque de bien des égarements, qu’il évita pour la plupart. Raison de plus pour l’apprécier. C’est par ailleurs l’un des écrivains le plus dénué d’imagination que je connaisse (j’exagère, bien sur), car il puisait la matière de ses bouquins dans sa vie. Il faut dire qu’il a plus vécu en une existence que les habitants d’une ville moyenne réunis n’en vivraient en 10…Un parcours extraordinaire que celui de ce fils d’émigré juif, né en Argentine, passant sa jeunesse dans l’Oural puis en France. La guerre, le journalisme à 18 ans, tour du monde à 21, la gloire à 25 et une suite ininterrompue de voyages et d’aventures dans les coins les plus chauds et les plus magnifiques du globe. Sa (magnifique) biographie compte plus de 900 pages, pas en format poche et pas dilué, s’il vous plaît. Elle s’avale comme un récit d’aventures palpitant qui ferait passer les romans de Dumas pour d’aimables bluettes de patronage.

Pour en revenir à l’œuvre de Jef, romans et nouvelles en constituent l’essentiel (hors articles, bien sûr), le plus souvent des formats relativement courts, d’autant plus faciles à lire que son style est simple, mais vif, précis, plein de force... pas de phrases alambiquées chez lui, pas de vocabulaire pompeux, mais le mot juste à la juste place. l’esprit français, en somme. Une économie de moyens accessible aux seuls grands écrivains, ceux qui savent que la littérature et l’esbroufe prétentieuse ne font pas forcément bon ménage.

Et il aurait pu pourtant se laisser aller dans le lyrique, tant il est l’écrivain de la passion. Celle qui anime, qui pousse au destin extraordinaire, qui détruit aussi... passion amoureuse, du jeu, de la violence, de la boisson, de la dignité... il les voit toutes, les a toutes aussi et les décrit justement et sans juger, là est une de ses forces. Enfin, sans juger autrement qu’à l’aune de l’amitié, de l’honneur, de la sincérité, pas avec les critères moraux habituels.

le film de Melville tourné en 1969, avec Lino Ventura, Paul Meurisse, Simone Signoret, Jean-Pierre Cassel

Les sujets ? aventures, voyages, guerre, plongées dans les bas-fonds ou exploration de la haute société, récit plus intimistes parfois... toujours inspirés de personnages réels. Bourgeois, révolutionnaires, émigrés, demi-mondaines, trafiquants, aviateurs, soldats, gangsters, femmes du monde, flics, résistants, ils les a tous connus. Sa nature généreuse et sincère lui permettait de se s’introduire avec aisance dans tous les milieux et de s’en faire aimer. Derrière ses palpitants récits, c’est toujours la vérité profonde de l’Homme que Kessel cherche, trouve et expose avec un mélange particulier de pudeur et d’éclat. Juste quelques noms pour vous situer : il a aidé Schoendoerffer et Henry de Monfreid à se lancer l’un dans le cinéma, l’autre dans l’écriture, a contribué à faire connaître la môme Piaf… n’en jetez plus…

S’il est surtout connu (des enfants, notamment) par « Le Lion », (l’amitié entre une petite fille et un lion, dans une réserve africaine), c’est à mon sens l’un des récits les moins représentatifs de son œuvre. Un peu mièvre, mais joli tout de même.

Pour aborder sa biographie de 85 ouvrages (dont pas mal se recoupent ou se chevauchent, il avait de gros frais), je vous recommande plutôt "Tous N’étaient Pas des Anges", épuisé en librairie, mais facilement dispo sur chapitre.com. Un recueil de nouvelles sous forme de portraits qui brosse un tableau très juste du style de Kessel et de ses personnages. Autre petit recueil de nouvelles typiquement Kesselien, « Pour l’Honneur », dispo également sur chapitre.com Vous passerez ensuite à « l’Armée des Ombres », écrit à Londres en 1943, où il se fait le chantre de la résistance, tout en écoutant « Le chant des partisans », qu’il a écrit avec Maurice Druon. Une belle adaptation de ce bouquin par Melville. Egalement sur cette période, « Le bataillon du Ciel » sur les paras français largés en Betagen en 1944 et « Les Mains du Miracle », récit émouvant du Dc Kerstein, qui soigna Himmler de terribles migraines en échange de la vie de nombreux prisonniers politiques, juifs et hollandais promis à la déportation.

Fan d’aviation (comme moi) ou pas, vous pourrez dévorer « L’équipage », récit d’une escadrille française pendant la Grande Guerre, qui le rendit célèbre, ou « Mermoz », biographie du célèbre aviateur de l’Aéropostale.

Mon favori est sans doute « Les Cavaliers », un récit magistral et bouleversant, qui nous entraîne dans le sillage des joueurs de bouzkachi, de leur orgueil tout entier jeté dans ce jeu sauvage et cruel, de leur amour des chevaux… Avec pour cadre l’Afghanistan, pays superbe, rude et secret. Plus court, mais très intense, lisez aussi « Fortune carrée » sur sa rencontre avec Henry de Monfreid, sur les bords de la mer rouge...

Dans la veine des récits plus moins aventureux, mais toujours remplis de cette passion et de ces excès Kesseliens, jetez-vous sur « Nuits de Princes » (les émigrés russes blancs à Paris dans les années 20), « Belle de Jour », la passion sensuelle qui dévore une femme, adapté au cinéma par Luis Bunuel. Vous serez mûr pour les deux tomes du « Tour du Malheur », où Jef met beaucoup de lui-même dans le personnage brûlant la vie avec passion et excès de Richard Dalleau.

Et son adaptation au cinéma, je peux pas en parler, je ne l’ai pas vue

Après ça, vous ferez comme moi, vous recherchez avec avidité tous les autres…


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