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Madame de Saint Sulpice

Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frère

mercredi 1er octobre 2008, par Nico

ainsi finit le poème d’invitation des Fleurs du Mal de Charles Baudelaire. Ce vers cynique et mystérieux pourrait fort bien définir l’état d’esprit du lecteur badin, mais alléché par la couverture, qui entame ce livre.

Alphonse BOUDARD, avec sa gouaille de gamin des fortifs ou son louchebem des Bats d’Af, se retrouve avec les mémoires post mortem d’un femme de bonne famille que la vie a relégué comme taulière d’un bordel un peu spécial.

La vie débute bien, cependant pour la jeune Marie Gertrude.....malgré un prénom de génisse. Naissance dans les beaux quartiers, papa officier de cavalerie avec bottes astiquées et moustaches de hussard, couvent des Oiseaux. Moi aussi dans les années 80, j’en ai connu des cochonnes qui sortaient des Oiseaux, mais bon, ce n’est pas le sujet. Et puis, patatras, un fiancé polytechnicien qui refoule du goulot lors d’un bal type rallye à la mode 1910 ; elle n’en veut pas et ses parents la lourdent dans une boîte catho du fin fond de Normandie. L’aumônier est trop beau pour être honnête ; il l’engrosse dès qu’il le peut. Devant le scandale, elle doit revenir à Paris et son bel amant en soutane n’a plus de salut que dans la mort pour la patrie en 1914. Car on est en 14, mes amis. Après avoir fabriqué des soutanes, la voilà maquée à un julot, un vrai en pompes bicolores et costard comme les maquereaux dans les Brigades du Tigre. Le bellâtre la met dans une bonne pension, le haut de gamme. Jusqu’ici, les mémoires ont l’air d’un roman de 4 sous, façon Eugène Süe,me direz-vous.

Oui,.... mais non. Car la taule s’appelle l’Abbaye et porte bien son nom. C’est là que le clergé vient verser son trop plein de testostérone.... Je vous passe les pages scabreuses, cathéchisme oblige. Mais il n’y a pas que l’ex-premier Ordre qui vient se faire rayer le casque, ou fouetter ; la haute société "rad soc" profite aussi du lieu ; tout ce petit monde rendant l’endroit intouchable, bien évidemment. Blandine, ex-Marie Gertrude, devient première dame en branlette, tout en se faisant un principe de se rendre à la messe tous les dimanches.... pour y retrouver ses clients particuliers de la semaine. La contradiction n’est pas la poésie de l’esprit ? Et nous ne sommes pas des robots. Pour le repos de son âme, cette femme a quelques amants normaux. Normaux= qui ne paient pas (ou en cadeau, car on finit toujours par raquer quand on est classe, non ?). Guynemer, Landru et d’autres dont un bel aryen durant l’Occupation. Une vraie bluette, la maquerelle ; car elle dirige depuis peu la taule comme une Mère Abbesse. Lafont (de chez Bony et Lafond) y croque aussi, mais là c’est pour la France. Blandine se prend pour Jeanne d’Arc offerte à Monseigneur Cauchon.... Comme elle est toujours bien vêtue, elle peut retourner sa veste, et il vaut mieux. Finalement, c’est Marthe Richard, la Veuve Quiclôt, qui lui signifie sa mise à la retraite.

Bref, c’est toute la première moitié du XXe siècle qui défile dans ce boxon. Tout bon catho est un peu choqué par ce déballage de confessions lubriques mais cela n’a pas ébr... Non !! .. troublé mes convictions. Un homme reste un homme et contrairement à ce que pense BOUDARD, les prêtres ne font pas voeu de chasteté, mais de célibat. Et il y a une bonne raison, ça évite un trop gros pêché.

Le principal intérêt réside dans une langue, aujourdhui oubliée. Et on en serait presque nostalgique des maisons de tolérance où, beaucoup de nos aïeux ont perdu leur innocence. Alors, venez visiter l’Abbaye.


Vos commentaires

  • Le 4 octobre 2008 à 16:30, par Emmanuel

    Ma foi, s’il est permis de s’exprimer ainsi, la présentation donne envie de se perdre dans cette abbaye. Et à la veille d’un dimanche peut-on décemment se résoudre à rater l’abbesse.

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