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Elles se rendent pas compte

mercredi 6 octobre 2010, par GB

Non. Ou bien si alors, bref c’est compliqué. C’est les filles, c’est ça, c’est compliqué les filles. Notez bien mon Dieu que je ne suis pas en train de râler, je constate, c’est tout. Oui, je sais, ce n’est pas une découverte, depuis le temps que l’on dit que les hommes ne sont pas des femmes comme les autres, y avait moyen de s’en rendre compte.

Boris Vian, ce bon mec, ne disait pas autre chose dans le roman qui donne son titre à cet article. Elles se rendent pas compte, voilà, c’est tout. Bon dans ce polar, l’un des quatre publiés sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, il nous détaille par le menu une partie des exploits que le jeune Francis doit accomplir pour éviter que mille misères ne s’abattent sur la charmante Gaya qui ne fait pourtant rien qu’à l’embêter.

Ça serait du polar noir et humoristique que je n’en serais pas autrement surpris. Ça flingue à tout va, ça dérouille sévère son prochain, c’est un gentil petit univers où la mornifle vole bas, précédant de peu le pruneau et les galipettes. Alors forcément l’alternance des genres, action et boudoir, ça peut intéresser, il y a un public pour ça.

Je ne dis pas ça pour me vanter, mais je crois bien que j’en suis. Ce petit roman de 120 pages publié en 1950 n’a pas franchement pris de rides, le texte respire toujours cette enfantine roublardise, le bel entrain, la joie de l’âme dans l’action et cette subtile touche d’absurdité qui évite au lecteur et à l’auteur l’horrible travers de se prendre au sérieux.

A l’époque, ça a dû surprendre, ça, c’est clair. Invertis, drogués, travestis se castagnant de bon cœur tout en s’expédiant ad patres pour les besoins de l’histoire, c’était plutôt en avance sur son temps. Mais bon, c’est bien écrit tout comme il faut que ça le soit sur la quatrième de couverture, « il faut ce qu’il faut ». Bref on est à deux doigts de la constante de Planck (oh, eh, ça va, révisez votre physique quantique, c’est un journal sérieux ici…). Bon des planqués, au rythme ousque ça turbine, forcément y en a pas des masses.

Reste la question à 100 000 dollars… Faut-il le lire ce livre ? Je ne vais pas vous dire le contraire, à mon sens c’est du Vian à son meilleur niveau, farceur et bagarreur, plus léger que dans J’irai cracher sur vos tombes, qui en termes de rigolade potentielle reste assez limité, il faut bien le reconnaître. Si 120 pages vous semble un peu court, ce n’est pas un problème, offrez-vous pour le même prix (4 euros) Et on tuera tous les affreux, même période, même auteur, même pseudonyme et même humour déjanté.

Que nos chastes lecteurs et lectrices se rassurent, j’ai évoqué des scènes suggestives, curieux d’ailleurs comme ce seul mot suffit à faire imaginer tant d’autres, bref pas de panique pour les scènes en question, en cette époque lointaine la censure veillait et inspirait à l’auteur ce très joli commentaire : « …………… Les points représentent des actions particulièrement agréables mais pour lesquelles il est interdit de faire de la propagande, parce qu’on a le droit d’exciter les gens à se tuer, en Indochine ou ailleurs, mais pas de les encourager à faire l’amour ».

O tempora, O mores aurait conclu le jeune Cicéron dans ses Catilinaires, il aurait eu raison et cela achèvera donc ma causerie sur ce sujet.


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