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Vincent Delerm et moi.
mercredi 4 mars 2009, par
Parfois, on s’en veut, enfin, moi, je m’en veux : oui, je m’en veux d’être faible. Ma gentillesse est souvent mon point faible. Par gentillesse, je suis capable de me laisser embarquer par des chemins où mon instinct m’avait pourtant prévenu qu’il ne fallait pas s’aventurer. La petite lanterne rouge s’était bien mise à clignoter, le « warning » s’était allumé, tu savais qu’il fallait dire non, tu ouvres la bouche pour dire « non » et le seul son qui en sort est : « oui ». Sans doute un vieux reliquat des cours de Catéchisme où on t’a bourré le mou depuis tes six ans sur le modèle parfait de la Sainte Vierge que tu dois suivre pour gagner ton Paradis car, elle, elle a su dire « oui » à tout sans poser de question. Il y aurait beaucoup à dire sur le sujet, mais ce n’est pas mon propos aujourd’hui.
Or donc, il y a quelques mois, j’étais à une soirée utérus (comprenez sortie entre filles, mères de famille). Au début, j’aimais bien ce concept, ça avait l’attrait de la nouveauté pour moi qui ait toujours été entourée d’hommes de quelques catégories qu’ils soient. J’avais l’impression de revêtir l’habit de la normalité, d’accéder enfin au « club des filles », de trouver une des clés du fonctionnement du genre que je suis censée être. Mais bon, je crois que les ambiances gynécées, ce n’est définitivement pas mon truc ! Adolescente, je trouvais ça chiant : passer des heures de débats passionnés à comparer le gloss « framboise écrasé » au laqué « rose salsa » pour savoir lequel des deux mettait le mieux tes lèvres en valeur, ou se poser des questions métaphysiques sur l’efficacité de la cire orientale par rapport à la crème épilatoire ; pour en finir toujours par aborder le même et sempiternel sujet : les garçons ! Avec des monologues existentiels d’où l’alexandrin était malheureusement banni (ben oui, au moins, ça aurait pu être drôle) : « Lui, il est trop bôooo !!!! L’autre jour, il s’est gratté le nez en me disant bonjour, c’est un signe ça, hein ! Qu’est-ce que tu en penses, moi je dis que c’est un signe : je lui plais, non parce qu’il ne se gratte pas le nez quand il dit bonjour aux autres… ». Un avant goût de l’enfer !
Devenue femme et adulte, je pensais naïvement, (on ne se refait pas), que les fondamentaux avaient évolué. En apparence oui, dans le fond, non. On remplace la couleur du rouge à lèvre par une comparaison sur sa progéniture et, plus elles avancent en âge, plus les discussions sur les garçons, se transforment en lynchage systématique de l’homme qui partage leur vie. Attention, hopopop, ne me faîtes pas dire ce que je n’ai pas dit, toutes les filles ne sont pas comme ça. Mais, j’ai noté que l’effet de groupe ramène toujours plus ou moins à ce genre de situation.
La soirée battait donc son plein, lorsqu’une de mes utérus propose au débotté : « Et si on allait voir Vincent Delerm en concert ». Là, je sens qu’il faut que je me fasse toute petite, je regrette l’inexistence de cours de camouflage en milieu urbain, j’élabore déjà des excuses sur le thème : « j’ai du oublié de fermer le robinet de ma baignoire, je ne pourrais donc pas venir… ». Mais devant l’insistance des filles, « Allez, ce sera moins drôle si tu ne viens pas, sois sympa, en plus t’a rien à faire le 2 mars », je me laisse attendrir. Et je m’en veux à mort, tout de suite après. Mais comme une parole donnée est une parole donnée, qu’il faut donc de sérieux arguments pour que je lâche le morceau ensuite, et que par ailleurs toutes les autres super motivées ont laissé choir l’organisatrice entre temps, je bois la coupe à la lie. Ca t’apprendra à dire « oui », na !
Arrive donc le 2 mars, et me voilà en route “Youkaïdi, Youkaïda”, pour la Cigale. Un garçon à l’entrée, étonné que je n’ai pas de sac, a absolument voulu me fouiller pour voir si je n’avais pas de canette dans mon manteau : ça commence bien ! Bon, je m’y attendais un peu, une salle composée de trentenaires et quadragénaires, au trois-quarts, des filles, les représentants masculins ayant à 90% un look d’informaticien, le reliquat s’étant fait traîner pour faire plaisir à « mamour » parce qu’on est au début de la relation, et que si on peut se faire passer pour une chose d’une grande sensibilité, on sait que c’est maintenant ou jamais…
Ca fait déjà une demi-heure qu’on attend et je commence à m’impatienter, surtout que je suis assise sur un strapontin qui fait souffrir mon dos du haut jusqu’en bas, voir même plus bas. Arrivent, enfin, sur scène les heureux gagnants de la première partie : un couple. Le jeune homme à la guitare, la fille au micro qui nous annonce « nous, on s’appelle Lach, L-A-C-H et Vincent nous a choisi pour sa première partie, nous en sommes très honorés ». En générale, je suis plutôt bienveillante pour les artistes de tout poil, par curiosité et par nature, mais là, vraiment, j’ai eu beau cherché, et j’ai cherché, il n’y a rien eu à faire… Ca a été la prestation la plus mauvaise à laquelle j’ai pu assister et le moment le plus pénible que j’ai passé depuis longtemps, j’en ai même regretté une séance sous la houlette de la fraise de mon dentiste ! Des textes qui se voulaient tourmentés qui étaient à se flinguer où le ton pseudo-dramatique sonnait faux. Le joueur de guitare, qui visiblement ne connaissait que deux accords, tentait d’accompagner sa partenaire en entonnant une seconde voix proche du bruit que ferait un animal à l’agonie. J’étais à deux doigts de me lever pour aller personnellement sur la scène abréger ses souffrances quand ils ont terminés. Je me suis sentie comme libérée d’un poids. Retenez le nom de ce groupe le jour où vous voulez en finir avec la vie et qu’il vous manque du courage, c’est radical.
Et nous voilà repartis pour une demi-heure d’attente où la scène se met à s’enfumer de plus en plus jusqu’à rendre la vision de la salle presque opaque. J’en étais à me demander si je n’allais pas succomber à la tentation d’appeler Clochette et sa poudre d’escampettes quand enfin, le concert a commencé. Et j’ai trouvé ça vraiment bien, ce garçon a du talent, un univers bien à lui teinté de ses influences cinématographiques et poétiques. Une bonne dose d’humour et d’autodérision. Entrecoupé de petit sketchs et de petites scénettes vraiment inspirées. Le plus fascinant a été de voir la salle se transformer et se chauffer, ce qui était loin d’être gagné. Un poil cabotin et charmeur, Vincent Delerm joue avec son public et adapte ses chansons pour le faire participer. Une ambiance bonne enfant et bonne soirée au final. Tu en es à te demander s’il n’a fait exprès de caster les deux boulets en première partie pour mieux te faire apprécier sa prestation. Le Monde 12/02/09
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Il fait si beau
Le Monologue Shakesperien
Je ne suis pas devenue aficionados, non, quand même. Mais je suis heureuse de l’avoir découvert, ça aurait été dommage de passer à coté de ce gars-là, à cause d’à prioris un peu snobs et cons de ma part. Un point à mettre au crédit des utérus.
Vos commentaires
Soirée Utérus...
C’est à peu près aussi existant qu’une tranche de foie de veau avant cuisson.
il fallait lire excitant et non pas existant
Je te confirme : les deux mon Général !
... il est pas mort, Delerm ?
Si, c’est son fantôme qui était sur scène. C’est sans doute pour cela que ça a été moins pourri que je ne le prévoyais.
Et bien moi j’ai toujours et encore envie de me flinguer quand j’écoute ce mec... plus chiant je crois pas que je connaisse et pourtant au départ j’étais plutôt ouverte rapport au bouquin vachement sympa de son padre... Comme quoi les chiens font pas des chats, c’est pas toujours vrai...
Ceci étant j’ai bien aimé en revanche ta définition de la soirée Utérus d’adolescentes. Ca m’a rappelé des souvenirs. Comment on a supporté ça je sais pas...(je crois qu’y a proverbe pour ca : "a défaut de grives on mange des merles" ou un truc dans le genre). En revanche comment on a pas eu les couilles d’expliquer à nos "copines" que le mec qui se gratte le nez, il se gratte le nez parce que ca le gratouille tout connement, et pas parce qu’il a kiffé son rouge à lèvres framboise, ca c’est un vrai mystère...
Ca aurait été facile de le fustiger, oui vraiment trop évident... et pas très honnête de ma part, car si je le trouve toujours inaudible, en revanche j’ai bien aimé, mais je ne voulais pas paraphraser l’article du monde, la mise en scène, l’univers cinématographique et les sketches qu’il développe dans son concert. De plus, comme il change le rythme de ses chansons, tu as moins envie de te ruer sur une boite de lexomil en l’écoutant. Je ne suis pas une grande fan de Truffaut que je connais mal, mais lui si apparemment, c’est un fan de cinéma tout simlplement et ça se sent.
Quant aux ergotages d’adolescentes pré-pubère, je t’avouerai que j’ai fait le choix de ne pas les subir, ça m’a toujours gonglée. C’est sans doute pour cela que je n’ai pas beaucoup eu d’amies filles et que je les choisis avec parcimonie.