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jeudi 20 janvier 2011, par
A force de procrastiner du clavier, me voilà dans l’ennui. Hier soir, l’ami GB m’a appelé pour me demander explicitement de pondre un papier sur un sujet précis. Je l’ai vu venir à des kilomètres, l’ami GB. Il s’est mis dans le crâne que je ne publie pas assez ici. Alors, en m’appelant pour me solliciter, il s’assure pratiquement que je vais obtempérer. Et il n’a pas tort, parce que le sujet me botte. Et qu’il y a sacrément de la matière. Sacrément de la matière, ça veut dire probablement plus d’un papier.
Le paragraphe précédent n’a qu’un seul objectif : me mettre encore plus près du précipice du clavier pour écrire ce qu’il m’a demandé. Sauf que, je ne peux pas m’y mettre avant de vous avoir mis au parfum de ce qui suit.
Ben oui lecteurs ! Ce n’est pas parce que je publie peu, que je n’écris pas.
Or, comme ça m’agace de ne pas finir d’écrire ce que j’ai commencé, j’ai décidé d’en faire un condensé. Un gros condensé ! Matez la taille du post ! Un condensé XXL ! Un peu comme quand on achetait des Strange brochés par 3.
Vous l’avez deviné, puisque vous avez lu le titre, je m’en vais vous parler de mes pérégrinations cinématographiques, mais pas que.
« Pas que » parce qu’en fait, je n’aime pas trop lire sur le cinéma. Plus particulièrement, je déteste lire ou entendre des critiques de films, s.u.r.t.o.u.t quand j’ai envie de voir lesdits films. Suivant le vieille adage « Ne fais pas aux autres, gnagnagnagna », je me retrouve donc dans une posture contradictoire, ce qui est loin d’être la première fois et sûrement pas la dernière.
Comme je ne suis pas chien, je vous annonce la couleur : seront traités dans les nombreux paragraphes suivants Sound of noise, Love & other drugs et Somewhere. Lecteurs, si vous êtes comme moi et que vous détestez lire des avis avant de voir un film, je vous suggère vivement d’aller voir ailleurs. Là, par exemple, parce qu’il s’y passe toujours quelque chose de bien : http://www.funnyordie.com.
Mais, si j’étais vous, je lirais la suite, parce que je ne parle pas vraiment des films et puis… Et puis, vous verrez bien.
Il faut bien le dire, cinématographiquement, l’année 2011 a mal commencé : Pete Postlethwaite est mort.
Pete Qui ?
Et ben, c’est exactement ça. Pete Machin.
Pete Machin, c’est le comédien dont vous connaissez par cœur le visage et, jamais, au grand jamais vous ne vous souvenez de son nom. Et c’est tellement terrible ! Terrible qu’il ait un nom imprononçable pour nous autres Français. Parce que nous autres Français,
nous
ne
faisons
jamais
d’effort
pour
prononcer
correctement
Chiwetel
Ejiofor.
Alors, voilà, Pete Postlethwaite, c’est lui. Disparu dans la force de l’âge et ça m’a fait de la peine.
N’empêche, qu’il a bien fallu ouvrir les hostilités. Surtout que 2010 a été une année record : 206 millions d’entrées. D’après le CNC, il faut remonter à 1967 pour trouver fréquentation supérieure. Et on ne peut pas dire que cette année j’aie beaucoup contribué à ce joli score.
Au passage, non content de ces bons chiffres, le CNC nous annonçait un autre chiffre record : la France a produit 261 films cette année.
He, franchement, de vous à moi… Combien de films français êtes-vous allés voir cette année ?
Et puis, ces quelques chiffres me permettent de poser une petite question : la piraterie serait-elle en fait décorrélée de la consommation de films en salle ? Ouhhhhhhhhhhhhhhhhh, voilà une question qu’elle est bonne !
Bon c’est pas tout ça, mais j’ai un programme à tenir, alors direction la Suède pour une sorte de compte-rendu d’un film produit par une de mes vieilles connaissances.
Il fait nuit. C’est l’hiver : la nuit arrive à 15h30 dans nos contrées. Il est 19h30. J’ai rendez-vous avec deux compères pour voir Sound of noise du côté des cinémas jumeaux.
Ça fait des années que mes petits copains et moi on attend ce film. C’est vrai j’vous jure : on a essayé de se remémorer la première fois que notre pote le producteur du film nous en a parlé. C’était y a au moins quatre ans. Rassurez-vous, je vous épargne le récit de la production de ce film. Quoiqu’à la réflexion, ça ne vous ferait pas de mal de toucher du doigt le parcours du combattant qui existe entre la première idée couchée sur le papier et la sortie d’un film. Mais, ce sera pour une prochaine fois. Croyez-moi sur parole, notre copain producteur a bien du mérite.
Est-ce que ça valait le coup ? Globalement : oui.
Ce n’est pas tous les jours qu’on va voir un film musical de cette nature. Le scénario, on s’en fout un peu. C’est une histoire basique et linéaire (c’est le principal reproche qui est fait à ce film). Ce qui est intéressant, ce sont les comédiens. Ce qui est super bien, ce sont les numéros musicaux : un compositeur s’affranchit des règles et met en scène des œuvres musicales en utilisant des objets et des situations du quotidien. Manque de bol, ça fout le bordel dans toute la ville. La flicaille doit arrêter ce groupe terroriste. Sauf que le flic en charge de cette étrange affaire est, évidemment, allergique à la musique.
C’est étonnant. Plaisant. Amusant.
La semaine suivante. Dimanche soir, coup de fil : « Allez viens, on va voir Love & other drugs . »
Yeeeeeaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaark !
Dieu sait que j’aime les comédies romantiques, mais celle-là, je ne la sentais pas du tout.
Je crois que j’ai un vrai problème avec Jake Guilinellele : il est trop américano-parfait. Quant à Anne Bambi’s eyes Hathaway, et ben, c’est pas ma came.
A court d’arguments pour me défiler, je me suis retrouvé à Opéra – Opéra !!! Le pire quartier pour aller voir un film. J’ai bien essayé de me faire sauver par le caissier en lui demandant d’expliquer à Rouquine & Brunette que c’était un film de merde, il n’a rien voulu savoir. Lui, son truc, c’est de vendre des billets. J’ai demandé aux gens dans la file d’attente pourquoi ils allaient voir ce film. Je n’ai pas vraiment été convaincu par leurs raisons. Y a même pas un mec qui m’a dit qu’il était amoureux d’Anne Hathaway. Y a même pas une meuf qui m’a dit qu’elle se réveillait trempée après un rêve peuplé de Jake Guillillene qui lui aurait fait des guillillllienèleries. Pourtant, moi, quand je vais voir un film avec Scarlett, c’est parce que je suis amoureux d’elle. Sinon quelle raison d’aller se taper Deux sœurs pour un roi ?
Je vous la fais courte : Jake Guilinnnellllelle est un coureur de jupons. Intelligent but kind of laizy. Il se trouve un job de visiteur médical chez Pfizer. En essayant de fourguer sa camelotte, il rencontre Bambi’s eyes. Qui n’a vraiment pas de chance dans la vie : à 30 ans, elle est déjà atteinte de Parkinsonite. Effet secondaire de sa maladie : une sacrée dose de cynisme qui l’empêche de s’engager. C’est pas grave, Jake, il accepte d’être seulement un sex friend. Plusieurs scènes plus tard, forcément, il tombe amoureux. Encore plusieurs scènes plus tard, elle l’envoie paître, parce que « c’est pas possible ». Encore plusieurs scènes encore plus tard, on arrive à la scène presque finale où il faut qu’on soit content pour eux parce qu’ils se mettent ensemble pour de vrai-mais-pour-de-faux-parce-que-c’est-un-film pour de bon.
Et là, j’hésite à vous raconter la suite de ma soirée avec mes deux loulouttes.
Ça y est, j’ai arrêté d’hésiter.
D’abord, il faut que vous sachiez qu’on a été assez insupportable pendant la projection et que cela ne m’arrive pratiquement j.a.m.a.i.s. C’est pas ma faute, c’est Brunette qu’a rien fait qu’à me dissiper. Pourtant, Rouquine s’était installée entre nous deux pour tenter d’éviter les débordements. Énorme fou rire pour la meilleure réplique du film : « Quand je vois sa bite, j’ai l’impression de voir l’œil de Sauron. » Je vous rassure, ce n’est pas Bambi’ eyes qui tient ces propos au sujet de la bite de Jake Guilllililnellele.
Toujours est-il qu’à la fin de la projection, les deux filles à chats, qui se trouvaient juste derrière nous, nous ont tancés et nous ont fait la leçon sur le mode « Ce n’est pas parce que vous n’aimez pas le film, qu’il faut le manifester pendant la projection ».
Alors… Je passerai sur la logique de ces deux filles à chats qui pensent que, parce qu’on parle pendant un film, on ne l’aime pas… Ça m’agaaaaaaaaaaaaace telllllllllllement ce genre de certitude. D’autant plus que, pour ma part, j’ai bien aimé en fait. Faut dire que j’y suis allé tellement à reculons que c’était pas difficile de trouver cette bouse moins pire que prévu. Ensuite… Je me suis platement excusé pour notre comportement (même que Brunette faisait semblant de ne pas comprendre quel était le problème) et je me suis permis de leur faire remarquer qu’elles se seraient moins gâché la vie en nous le disant p.e.n.d.a.n.t le film. On n’est pas des bêtes quand même. J’ai l’impression qu’elles sont reparties en me détestant vraiment, le rouge aux joues à cause de ma remarque si justement désarmante.
Nous voilà dehors.
Il est 22h. On a faim. On est à Opéra. C’est dimanche. Il pleut. C’est l’angoisse. Chouette, le McDo est juste à côté.
Moments très glauques au McDo. Moments de solitude à trois. A observer les esseulés, les no-life comme nous. Que de la win. Grand moment d’introspection sur le mode « Qu’est-ce qu’on fout là ? »
Les deux loulouttes ne voulaient pas en rester là. Elles se sont regardées. Puis, elles m’ont regardé et avec leur sourire façon ni vu ni connu j’t’embrouille, elles m’ont asséné : « On file au Baron ».
Même pas eu le temps de balbutier ma désapprobation, que je me suis retrouvé à une table basse en train d’écouter un pianiste qui jouait trop de notes – comme la plupart des pianistes de bar – pour quelques chanteurs amateurs venus pousser la chansonnette devant 30 insiders perfusées à la vodka. J’étais pour ma part avachi sur un canapé de velours rouge à la propreté douteuse en train de répéter à Rouquine & Brunette que ce n’était pas la peine d’accaparer le cahier de chansons puisque nous savions bien tous les trois qu’à la fin de la journée aucun de nous ne lèverait son cul pour aller entonner « The time of my life ». Au fait, mort ou pas mort Patrick Swayze ?
Après nous être trémoussés sur la piste de danse en essayant d’éviter un serial-killer dont la pick-up line était « Vous faites partie du staff ? », j’ai réussi à convaincre les loulouttes et le loulou qui nous avait rejoint de se c.a.s.s.e.r.
Et je pensais aller enfin me p.i.e.u.t.e.r.
Et ben non !
Elles étaient frustrées de ne pas avoir chanté, alors il a fallu qu’on aille au karaoké. Celui qui se trouve boulevard de Clichy. A Pigalle. A 4 du ! Youpi !
Et alors, là… La séance de McDo 6 heures plus tôt, c’était la réception de l’Ambassadeur à côté de ce qu’on a subi sur place. Dans le genre tour de Babel auberge espagnole, je demande l’Epoque !
Pendant que Rouquine & Brunette choisissaient leur titre, j’en ai profité pour aller photographier un de mes monuments préférés de Paris.
Juste le temps de revenir, pour écouter Rouquine & Brunette interpréter S’asseoir par terre. Je ne vous cache pas que l’idée de quitter ce monde à ce moment précis m’a vaguement traversé l’esprit…
… Mais pas longtemps, parce qu’un poivrot est venu me parler pendant qu’elles susuraient suavement les mots d’Alain. Il voulait savoir si je pouvais leur demander de chanter un titre d’Aznavour. Son haleine, toute faite de whisky et de 51, finit de m’achever. En même temps, ça me faisait marrer qu’il s’adresse à moi pour négocier une faveur des loulouttes. J’y ai répondu que c’était pas moi qui décidais, mais que j’allais voir ce que je pouvais faire. Tu parles ! A peine, la dernière note s’évanouissait-elle dans un fade-out qui s’ouvrait sur du Shakira cristallin que je suggérais fermement à tous les loulous de se tirer.
En fait c’était une chouette nuit de la loose, qui nous a emmenés nulle part.
Ça tombe bien, puisque maintenant, il faut que j’évoque le dernier film de Sofia Coppola.
J’ai bien dit évoquer. Parce qu’en fait je vais plutôt parler d’autre chose. A savoir de :
Ça
m’agace
quand
les gens
me
parlent
d’un film
que
je veux
aller voir.
J’ai vu la bande-annonce de ce film cet été et j’ai attendu 5 longs, très longs, très très longs mois.
Les films de Sofia Coppola sont un rendez-vous pour moi. Tout comme les films de Woody Allen l’étaient jusqu’il n’y a pas très longtemps.
Je me souviens de tout ce qui a entouré la projection de Virgin Suicides. Je me souviens de mes deux visionnages au cinéma de Lost in Translation (tellement rare que j’aille voir un film deux fois au cinéma). Je me souviens que je l’ai maté 5 fois en DVD quand il est sorti à la location. Je me souviens que la première fois que j’ai monté les marches à Cannes, c’était pour Marie-Antoinette.
Alors, faut pas venir me gâcher mon plaisir avec Somewhere .
Or, nous avons frôlé la catastrophe.
Somewhere, c’est typiquement le film qu’il faut aller voir le jour de sa sortie. Parce que sinon, tout le monde vient me polluer avec des allusions.
Rien que le fait de me demander si je l’ai vu, ça me fatigue.
Inutile de vous dire que quand j’ai commencé à entendre des appréciations à son propos, mon sang n’a fait qu’un tour. J’ai réussi à les stopper net, mais c’était moins une à chaque fois.
Et pourtant, pour plein de raisons, je ne l’ai vu que la semaine dernière, après une séance de shopping toute coppolesque (sic !) avec une copine : vadrouille de la rue Saint-Honoré à la rue du Jour, en chasse d’une paire de Richelieu pour Mademoiselle. Puisque nous finissions rue du Jour, l’UGC Ciné Cité des Halles et les effluves de la piscine nous ont irrémédiablement attirés.
Et c’était parti pour 1h30 d’ennui joli.
Voilà c’est dit ! De l’ennui joli. Ce film découpe la population en deux. Ceux qui ont détesté voir un film sur le rien. Ceux qui ont accepté de s’ennuyer. J’ai accepté de m’ennuyer. J’ai même bien aimé m’ennuyer. C’est assez rare pour être remarqué. Et, en même temps, je comprends très bien pourquoi certains n’aiment pas.
C’est assez surprenant ce que l’on peut voir dans un film quand il est ennuyeux. On regarde plein de trucs. Des trucs qu’on n’a pas forcément l’habitude de voir. Des détails, évidemment. Et puis, on prête encore plus d’attention à la musique. Ou au cadre. Ou à la lumière. Ou la direction artistique. On se demande comment Sofia réussit à nous faire croire que Los Angeles est moins effrayante que ce qu’elle est vraiment. Plein de trucs. On se dit que Stephen Dorff n’a aucun intérêt et que c’est bien. On se dit qu’Elle Fanning est forte. On se demande son âge et on se demande comment c’est possible d’être aussi forte à son âge.
Quelques jours après avoir vu Somewhere, j’ai écouté Le masque et la plume . Tout ce petit monde a notamment parlé des trois films précédents. Je ne vais pas revenir sur leurs commentaires : ils sont aussi inutiles que les miens. Seulement voilà, il y a quand même quelque chose que je ne peux pas laisser passer. Ils n’ont s.t.r.i.c.t.e.m.e.n.t rien compris à Love & other drugs et ca m’a bien fait rire. Ils sont persuadés que le film dénonce l’industrie pharmaceutique, alors que c’est évidemment tout le contraire. C’est tout le contraire si l’on a un tant soit peu de jugeotte : en gros, Pfizer s’est payé un film. Tout comme FedEx s’était payé Seul au monde avec Tom Hanks. Et les gens de chez Pfizer, c’est loin, mais alors très loin, d’être des blaireaux de la com’. Ils sont tellement forts en com’ que même les mecs du Masque et la plume sont tombés dans le panneau ! He les mecs, c’est justement parce que Pfizer s’autodénigre en montrant absolument tout ce que l’on reproche à l’industrie pharmaceutique en général que ça en fait une des meilleures pubs pour cette boîte. En tout cas, Jacques Servier devrait en prendre de la graine.
Ça y est, condensé XXL fini. La prochaine fois que j’écrirai un peu vraiment, ce sera très probablement pour vous parler de fraise des bois.
Pour finir, épanadiplose oblige, le titre de cet article est largement inspiré d’une chanson que j’aime beaucoup.